18 mois ferme

Emmaüs aime bien le travail gratuit. L’association bénéficie déjà de nombreuses dérogations au droit du travail pour les membres des « communautés ». Entre autres, les compagnonn.es d’emmaüs ont un salaire horaire inférieur au smic et n’ont pas le droit au chômage. C’est vers une autre réserve de main d’œuvre payé moins que le smic que s’est tournée bruno vautherin : les détenu.es. Directeur de l’association La ferme à l’air libre, membre de la nébuleuse associative fondée par l’abbée pierre.
Dès septembre 2022, c’est à Maisoncelles, une ferme près de Lusignan, que les détenus pourront « préparer leur retour à la liberté », comme le dit si bien le futur directeur de cette taule alternative. C’est à dire travailler pendant 6 à 18 mois dans les champs et plantation sans recevoir ni formation reconnu ni véritable salaire : 550 € pour 26 heures hebdomadaires. Les légumes ainsi produit serviront à financer le bagne agricole et les salaires de leurs « encadrants » et seront selon toute vraisemblance vendue en partie dans les magasins biocoop du coin, vu qu’ils sont partenaires de l’opération.
Et comme les bonnes idées viennent rarement seules, Bruno Vautherin fait aussi appels aux bonnes âmes qui souhaiteraient bénévolement jouer les matons de service, pour « assurer le lien et la vie de ce lieu ».
Ce genre d’initiative conduit à augmenter mécaniquement le nombre de places en détention car les 12 places crées à Maisoncelles ne seront supprimées d’aucune prison de France. Cette ferme bio s’insère donc dans la logique global de l’augmentation des structures d’enfermement en france : constructions de prisons, de CRA, déploiement du bracelet électronique (la prison à la maison)…

La pelleteuse

Parfois les pelleteuses s’enflamment, comme en juillet 2021 à Saint-Sauvant, retardant ainsi le démarrage d’un chantier de bassines. Parfois, comme le 22 juillet 2019 à Bouresse, elles se renversent et tuent. Ce jour là, un ouvrier est mort écrasé par une chenille de la pelleteuse lors de l’effondrement du tas de gravats sur lequel il était avec deux de ses collègues. Mais la responsabilité de sa mort repose surtout sur l’avidité de son employeur, Pierre Barrier (dirigeant de la coopérative STPR de Pleuville). En effet, celui-ci a confié le travail de démolition à des personnes non formées malgré les dangers évidents. De plus cet exploiteur n’a pas respecté les règles de sécurité minimales, ment pour se couvrir et fait porter la faute à la victime de sa cupidité. « On aurait pu avoir trois morts, constate la procureure. Il faut envoyer un signal fort aux employeurs. » en demandant 10 mois de prison avec sursis lors du procès en correctionnel le 10 mars 2022.

Le 25 mars, une personne qui avait siphonné le réservoir d’un autobus reçoit 4 mois de prison ferme lors de son passage devant le tribunal correctionnel.
Ces deux affaires mises en parallèles nous rappellent que dans la guerre social, celle où nous comptons nos morts en espérant voir exploser en vol leurs jets privés, l’état est un ennemi au même titre que la bourgeoisie.
Les 1 100 personnes qui meurent chaque année au travail et les nombreuses autres dont le corps est irrémédiablement détruit ne sont pas victimes d’accidents. Elles sont les victimes d’un système où la richesse des uns se construit sur les cadavres des autres, des mines d’uranium au niger aux usines de confection en thaïlande. Et si nos pratiques illégales de survie sont si sévèrement punis, c’est bien pour nous contraindre à gâcher nos vies pour les profits de la famille mulliez ou autres capitalistes.

Chair à patrons

En décembre 2015, deux salariés de Bonilait étaient blessés lors d’une explosion dans une tour de séchage. Alors que ces deux ouvriers étaient en train de décoller de la poudre de petit-lait, une opération de soudure se déroulait sur la cuve. C’est cette opération de soudure qui est à l’origine de l’explosion qui a blessé les deux ouvriers dont l’un à vie (notamment à cause d’une surdité causée par l’accident). Et puisque visiblement 18 000 € d’amendes était bien trop cher, Bernard Rivano, directeur général de Bonilait a décidé de faire appel.

En 2019, selon l’Assurance Maladie, il y aurait eu 655 715 accidents du travail en france. Des accidents qui n’ont rien d’accidentels puisqu’ils sont le produit de la soif de richesses des capitalistes. Parce qu’il faut toujours faire plus, toujours plus vite, les principes de sécurités élémentaires ne sont pas respectés. Leurs profits se font sur nos corps, en france ou ailleurs. Que ce soit lors de destruction spectaculaires ou à l’usure quotidienne, nous ne sortons pas indemnes du travail. Des problèmes de dos liés à la posture au transport de charges lourdes, des corps détruit par les explosions dans les silos, des cancers, des dépressions, des suicides voilà le salaire caché que l’on nous verse.

Mais l’avarice seule des patrons ne suffirait pas pour remplir les hôpitaux et les cimetières (500 à 550 morts au travail par an). Non, pour cela, il faut bien des complicités. Il ne faut pas seulement la complicité de quelques avocats, de quelques procureurs et de quelques juges. Un tel exploit n’est pas le produit de quelques directeurs généraux plus avares que les autres mais de toute une société. C’est une œuvre collective que voilà. C’est le produit de l’alliance toujours renouvelée entre le capital et l’état. En laisser un debout et c’est permettre à l’autre de revenir. Pour être libre, c’est les deux que nous devons détruire.

Le 6/01/2020, les tribunaux ont décidé l’impossibilité de toute indemnisation et ont réduit l’amende à 3 500€.

 

Le cout de la vie

Ce sont deux articles1 sortis à la fin du mois de juillet. Deux brefs rappels.
Le premier traite de la mort d’un ouvrier, mort en chutant d’un échafaudage d’un chantier de la SARL Rambault, à Châtellerault. Un échafaudage au garde-corps enlevé sous les ordres de la patronne. La même qui a ordonné aux autres employés présents de dissimuler son crime en remontant le garde-corps juste après “l’accident”. La patronne et son fils, dirigeant actuel de l’entreprise, recevront 2 mois de prison avec sursis et l’entreprise devra payer 14 500 euros d’amende pour homicide involontaire, défaut de formation à la sécurité et les échafaudages non conformes, ainsi que 10 000 euros à la mère de l’intérimaire et 2 000 euros aux autres membres de la famille.
Le second concerne un “accident” sur un chantier de l’entreprise Sterco à l’université de Poitiers. Suite à un démontage sans mode d’emploi, un contrepoids de plusieurs centaines de kilos se détache et tombe sur un travailleur : polytraumatisme, rate éclatée, ITT de 7 mois. 15 000 € d’amende pour l’entreprise Sterco, qui avait été jusqu’à licencier le salarié pour faute grave alors qu’il se trouvait sur son lit d’hôpital .
Les deux entreprises citées sont encore en activités.
Chaque année ce sont entre 500 et 550 personnes qui meurent d’un “accident” du travail. Mais ces accidents n’ont rien d’accidentel, ils sont le résultat des pressions des patrons à produire toujours plus, toujours plus vite. Des injonctions qui ne peuvent être satisfaite qu’en diminuant la sécurité. Ils mettent nos vies en jeu pour se remplir les poches.
A la fin de la journée, c’est nous qui finissons blessé·es, mutilé·es ou mort·es, pas nos chefs. Ce sont nos corps que le travail détruit.
Et si nous décidions de rendre un peu de ce qu’ils nous infligent, de reprendre ce qu’ils nous volent, ce serait nous que les tribunaux enverraient en prison. C’est pour nous enfermer que l’état dresse des prisons.

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1/ https://www.lanouvellerepublique.fr/poitiers/homicide-involontaire-oui-il-fallait-demander-pardon et https://www.lanouvellerepublique.fr/poitiers/accident-du-travail-sur-un-chantier-de-l-universite-a-poitiers-15-000-d-amende-pour-la-societe (retour au texte)