Solidarité avec Boris

Un compagnon, Boris, incarcéré à la taule de Nancy-Maxéville depuis septembre 2020 pour l’incendie de deux antennes-relais dans le Jura pendant le confinement, est actuellement plongé en coma artificiel au service des grands brûlés de l’hôpital de Metz. Le feu aurait pris vers 6h30 dans la cellule samedi 7 août. La seule certitude est que la prison est un système de torture institutionnalisée, et que l’État –de la police à la justice jusqu’à la prison–, est directement responsable de cette situation. Que la tristesse se transforme en rage contre toute autorité….

la fac au lance-pierre

Bitard

Confrérie étudiante poitevine pour faire « la teuf » avec option humour gras et naze. Ça considère que baiser peut être un trophée à punaiser sur leur faluche, belle vision du cul non pas comme un échange entre plusieurs personne mais bien comme une compétition, un truc à conquérir et à gagner. Ça picole comme des trous, valorise et dédramatise la consommation à outrance, sans remise en cause de l’alcool comme une drogue ravageuse (la drogue légale dont la population est le plus accro), dont la consommation est fortement empreint de virilisme (à qui boira le plus) et qui est souvent utilisé pour déresponsabilisé des comportements de merde (« c’est pas de sa faute il était bourré »). On oublie pas non plus la bite en béton érigée sur le campus, encore une qu’on couperait bien, parce qu’on en peux plus d’en voir partout comme symbole de vos virilités de merde. Comme des chiens qui pissent en marquant leur territoire, vous rependez vos bites sur les murs et maintenant au milieu de la pelouse. On leur décerne le pin’s vomi tant iels nous foutent la gerbe.

Psychanalyse du maton

Parmis les travaux de recherche, on trouve parfois de véritables perles. C’est notamment le cas de la thèse de Piouffre-Sauvaget Emilie sur le « mal être et le suicide des personnels pénitentiaires » de l’URM Recherche en Psychopathologie et Psychanalyse. Financé par le centre de formation des matons (Ecole Nationale de l’Administration Pénitentiaire), il s’agit rien de moins que de chercher à répondre pourquoi les geôliers et bourreaux ont un taux de suicide 31 % plus élevé que la population générale. Peut-être croient-ils à cet adage non dénué de sagesse : « Flics suicidés, faute à moitié pardonné » ? Car nous n’oublions pas qu’en 2020, 119 détenu.es se sont suicidées et que les personnes détenues se suicident six fois plus que la population générale, à caractéristiques démographiques égales (âge, sexe). On n’oublie pas non plus ces fois où les matons ont déguisés leurs assassinats en suicide : Sambaly en 2016 à Saint-Martin-de-Ré, Jaouad en Seysses en 2018, Mohammed en 2019 au CRA de Vincennes, Idir en 2020 à Lyon-Corbas… On oublie pas les violences, les viols, les meurtres. Alors les matons peuvent bien tous se suicider, on en pardonnera aucun. La prison existe pour défendre les privilèges des riches et des puissants. C’est une violence permanente au service du capitalisme, du patriarcat et du colonialisme. Nous sommes contre la prison car nous sommes contre la société qu’elle reprodui et protège : celle des frontières, du viol et de l’exploitation. Mais la prison n’est pas seulement ce bâtiment hérissés de mirador et de barbelés, la prison c’est aussi les matons qui jour après jour humilie et torture. C’est aussi les entreprises qui les construisent, les architectes qui les dessinent, les magistrats et préfets qui les remplissent.

Bizutage

Avec le mois de septembre vient la saison des intégrations et autre variations langagière pour ne plus dire bizutage. Des plus sadiques aux plus débiles, ce sera l’occasion pour les anciens d’exercer leur sadisme sur les plus jeunes. Tradition, virilisme et alcool sauront laisser un traumatisme inoubliable à celleux que la pression sociale aura plus ou moins forcés jusqu’ici. En 2013, l’église de la place du marché ainsi que l’office de tourisme et la façade d’une banque avaient été aspergée de colorants lors d’une soirée d’intégration de médecine. Voilà une proposition de soirée plus charmante que d’aller s’intoxiquer. Et voilà des lieux bien plus sympathiques à redécorer que ses camarades. Et n’oublie jamais : tu vaut mieux qu’être le jouet d’un soir de crevures, ainés ou pas.

Savoir mortel

Au 43 route de l’aérodrome, se trouve le Centre d’Etude Aérodynamique et Thermique (CEAT). C’est un des lieux où le lien se fait entre la recherche universitaire et les utilisations industrielles. Thalès, EADS, Airbus, Dassault et autres fabricants d’armes s’en servent afin de rendre encore plus redoutables leurs bombardiers, hélicoptères, drones, missiles et bombes. C’est là que s’élaborent les outils des massacres d’aujourd’hui comme de demain. Car les guerres modernes se jouent autant dans les casernes que dans les laboratoires.

Dans la tambouille des diplômes

Vous êtes titulaires d’un bac+5 et vous ne savez pas quoi faire de vos jeudis après-midi ? N’hésitez pas à postuler au diplôme inter-université sur l’homéopathie, organisé conjointement par les facs de poitiers et tours. Vous y apprendrez comment soigner un rhume en 7 jours au lieu d’une semaine grâce aux bienfaits du sucre et de la farine. Cela complétera utilement les 6h de cours sur le sujet en 3e année de pharma. Le tout sera ensuite bien évidemment revu pour celleux qui souhaitent travailler en officine qui en reprendront pour plus d’une dizaine d’heures sur l’homéopathie et une autre bonne dizaine sur les prétendus bienfaits de l’inhalation des huiles essentielles (aromathérapie). Si vous comptez là-dessus pour vous soigner, on vous conseille plutôt de faire des crêpes au lait végétal et à l’arôme vanille. Non seulement vous retrouverez tout les ingrédients actifs de l’homéopathie (farine et sucre) mais en plus ce sera nettement plus agréable.

A l’école du tonfa

Même les observateurices les moins attentives peuvent le remarquer : les établissements scolaires ressemblent terriblement à un mixte entre la prison et la caserne. Sentinelles à l’entrée, pause sous surveillance, sonneries, mises en rang et autres drapeaux nationaux sur la façade. Sans compter les initiatives les plus flipantes, comme celle de la région PACA de tester la reconaissance faciale dans des lyçées à Marseilles et Nice. Dans ce contexte de développement du contrôle et du flicage permament, un établissement scolaire poitevin à su particulièrement bien se place. Le lyçée du dolmen propose ainsi un BTS (BAC+2) et un BAC pro pour préparer les futurs flics, matons, gendarmes, militaires et vigiles en tout genre. Pas besoin de caméras avec des camarades comme ça.

Les esprits frappeurs se rencontrent

Peut-être ne connaissez vous pas encore la rose croix d’or, une secte chrétienne implantée à poitiers (voir à ce propos le numéro 7). Par contre, elle semble bien connu des enseignants de la fac de poitiers. Ainsi ce n’est pas moins qu’Eric Palazzo, professeur d’histoire de l’art et ex-doyen de l’UFR Sciences Humaines et arts, et Philippe Grosos, professeur de philosophie, qui se sont déplacés pour le weekend de la secte en pays cathare : le fil d’or du libre esprit (les 10, 11 et 12 septembre 2021) à tarascon-sur-ariège. L’ex-doyen y est ainsi venu parler de cette « énergie spirituelle » transmise à l’homme par sa propre création (dieu) censée servir à « accomplir son voyage spirituel aussi bien sur terre que dans l’au-delà ». Et les deux profs sauront bien entouré puisqu’ils seront accompagnés de Sergi Grau Torras, historien à l’Université de Barcelone, qui déclare notamment que « l’interaction entre la science, les arts et la religion est indispensable pour produire la connaissance scientifique ». Encore un qui doit se vacciner à l’eau bénite et qui compte sur la prière du soir pour que le soleil se lève le lendemain matin.

 

 

Les villes de servitude

Une des pratiques de la domination est de verrouiller totalement nos schémas de pensée pour que bien souvent même nos révoltes se déroulent dans la norme. Cette fermeture mentale empêche d’imaginer la possibilité d’un monde autre et donc d’agir pour mettre fin à celui-ci.
Ose-t-on seulement évoquer l’idée que les prisons doivent être rasées, et voilà que dans la tête des personnes avec qui on parle se lève une armée d’objections. Pourtant que l’on y adhère ou pas, il existe de multiples propositions de société sans prisons, certaines existent encore aujourd’hui. Certaines sont juste la continuité de ce monde, en proposant de transformer chaque appartement en cellule grâce aux bracelets électroniques. Celle que nous voulons représente une transformation largement plus radicale, puisqu’il ne s’agit pas de changer la manière de punir, mais de se débarrasser du besoin et de l’envie de punir. Mettre fin au vol en mettant fin à la propriété. Mettre fin aux viols en détruisant la culture du viol et le patriarcat. Mettre fin aux violences racistes en détruisant les races sociales et le colonialisme.
Ce verrouillage des imaginaires est clairement le produit de la propagande constante de l’état, du capital et du patriarcat, qui cherche à faire passer l’être humain comme naturellement mauvais et comme inévitable l’horreur quotidienne. Alors que c’est cette même propagande qui pourrit aussi les individus qui sont comme des éponges dans une fosse septique. À travers les médias, la publicité, les films, les séries et nombre de livres, une production culturelle permanente pour nous empêcher de voir que les rouages qui font tourner cette société peuvent non seulement être arrêtés, mais aussi détruits. Parce qu’on nous cache comment ces rouages ont été forgés et l’entretien constant qu’il demande.

Ce verrouillage mental se retrouve aussi dans le monde que nous parcourons à pied plutôt qu’en pensée. Une des illustrations les plus parlantes, c’est celle de toutes ces petites villes où l’économie repose sur quelques activités du pouvoir.
Comment les 7 200 habitant·es de Saint-Maixant l’école pourrait imaginer un monde sans armée quand toute la ville repose sur l’existence d’un lieu de formation annuelle de plusieurs milliers de bourreaux d’état ?
Comment penser un monde sans nucléaire dans l’ombre menaçante de la centrale de Civaux ? Une centrale qui apporte son lot d’ouvrier·es intérimaires (les plus exposé·es aux radiations) et d’absurdités en tout genre. Comme cette cage géante à crocodiles en plein cœur du poitou.
La ville de Vivonne, c’est 4 300 habitant·es, dont au moins 600 prisonnier·es des geôles de l’état. Et combien des 261 tortionnaires se sont installé·es sur place ? Entre 2009 (construction de la prison) et 2014, la commune est ainsi passée de 3 200 habitant·es à 4 200. L’ancien maire, Maurice Ramblière, ne cesse de se féliciter de la présence d’un lieu de torture et d’exploitation à longueur d’interview dans la presse. Sans contrat de travail, payé·e 1,23€ de l’heure (voir à la pièce), avec des comptes bancaires gérés par l’administration pénitentiaire, il est évident que ce genre de conditions fait saliver bien des employeurs (comme EDF, Renault, Yves Rocher, L’Oreal, Agnes B, Post It, Hachette, JC Decaux et d’autres).
Comment imaginer ce monde sans la prison, quand du voisin·e au buraliste, tous en « profitent » ? Nouvelle ligne de bus, écoles agrandies, trains régionaux augmentés, halle des sports, station d’épuration, et bien sûr une nouvelle gendarmerie.

Des prisons aux casernes en passant par le nucléaire, la domination n’est pas une accumulation de faits séparés. Elle est une immense toile qui partout s’étend.
La domination, ce n’est pas quelques personnes en costume et uniforme qui siègent dans des palais lointains. La domination, c’est aussi un ensemble de structures réparties sur tout le territoire.
Mais la domination est aussi dans la résignation quotidienne. Dans nos tolérances envers celleux qui permettent la reproduction de ce monde.
Et Poitiers dans tout ça ? De quoi la ville aux mille clochers de trop est-elle dépendante ? Ne serait-ce pas de cette tentaculaire université ?

Ressources contre la taule

La prison c’est pas un truc abstrait, qui n’existe que pour les autres. Tu as sûrement autour de toi une personne passée par là, 1 personne sur 1000 est actuellement enfermée en taule. Alors voilà quelques ressources pour tenter d’être moins démuni·e face à cela.

Comprendre de quoi on cause :

– détenu·e : personne incarcérée après avoir été jugée

– prévenu·e : personne en attente de son jugement

– AP : administration pénitentiaire

– centre de détention (CD) et centrales : établissement pour peines supérieures à 2 ans

– Maison d’Arrêt des Femmes / Hommes (MAF, MAH) : lieu d’enfermement des prévenu·es ou pour des peines (ou son reliquat) inférieures à 2 ans

– Quartier d’isolement (QI) : Cellules où les détenu·es sont isolé·es par mesure de « précaution » ou de « sécurité », ou à la demande des détenu·es. Ca veut dire pas de contact avec d’autres, pas d’activités.

– Quartier disciplinaire (QD) : Cellules de punition, « mitard », la personne n’a plus le droit à ses affaires perso, pas de promenade (ou si, dans une cage)

– Mandats : argent reçu de l’extérieur, composant le pécule – Cantine : Système de vente ou location aux détenu·es par l’AP (alimentation, produits d’hygiène, papeterie, télé…), bien plus chère que dehors

Aider une personne :

La prison est régie par tout un tas de réglementations sur ce qui entre et sort : les visites, le linge, les livres, les colis, l’argent… Les premiers jours sont souvent difficiles et il peut y avoir pas mal de choses à mettre en place rapidement pour soutenir la personne dedans.

– le guide à l’usage des proches des personnes incarcérées [date de 2013/des infos pas forcément à jour, mais hyper utile quand même] en PDF sur le site : permisdevisite.noblogs.org

– le site ban public : http://prison.eu.org

Pour les questions d’horaires de Vivonne, c’est recensé par le collectif AIRE [tendance charité-catho] : airepoitiersvivonne.fr

Des infos sur ce qui s’y passe : Pour avoir des témoignages, connaître les luttes, faire sortir la parole :

– L’Envolée : site, émission de radio et journal (gratuit dedans pour les prisonier·es et que tu peux aussi retrouver au Local du Placard) : lenvolee.net

– Sur les luttes liées aux CRA, taule pour sans papier·e : abaslescra.noblogs.org

Correspondre / Passer des messages :

La prison c’est fait pour briser les gens et les liens, écrire peut être un premier pas pour enrayer les rouages de l’isolement. Ça peut être à une personne que tu connais ou à un·e inconnu·e, pour ne pas rompre un lien, pour tenter d’en créer un, pour témoigner une solidarité… Tu trouvera tout plein de conseils dans la nouvelle brochure de l’Anarchiste Black Cross :

Guide pour écrire aux personnes détenues [sur : parisabc.noblogs.org ou lasinse.noblogs.org]

Pour faire passer des messages radio à la taule de Vivonne, il y a tous les jeudi soir 19h-20h, l’émission CRI diffusée en direct sur R.C.F. Poitou [attention radio catho ! Protégez vos cerveaux]. Depuis dedans sur la radio 94 .7 / canal 799 de la télé. Tu peux appeler le jeudi soir au 05 49 60 63 63 ou laisser un message écrit : cri.frequencepierrelevee@gmail.com

Le flouse ne coule pas à flot

En prison le moindre « confort », tentative d’amélioration du quotidien coûte cher. Le travail, c’est double peine, tu taf pour tes bourreaux et pour des clopinettes. Les inégalités ne s’arrêtent pas aux portes des taules ! Alors il existe des réseaux de soutien financier pour tenter d’enrayer ça.

– caisses anti-rep locales

– caisse de solidarité aux inculpé.es de la guerre sociale : kaliméro [kalimero@riseup.net]

 

 

Contre toutes les cages

Quand on commence à parler de lutte conte la prison d’un point de vu féministe, on peut avoir dans la minute une remarque du genre « mais les violeurs* quand même ! ». Alors trigger ce texte va parler de ça un peu (pas de détail, pas de description) mais c’est surtout une tentative de réflexion anarca-féministe plus générale.

pourquoi parler de ça

Les luttes féministes contre la taule ne s’arrêtent pas à la question des violeurs, heureusement. Seulement dans les critiques anti-carcérales il y a parfois un vide à ce sujet. Est-ce délibéré ? Trop épineux ? Casse-gueule ? Essayons de se frotter aux ronces. La proportion pour viol ou agression sexuelle en taule est relativement faible (10,7 %, source OIP) alors certain·e ne trouve peut-être pas judicieux de s’attarder dessus. Plus de la moitié des prisons sont remplis par des peines pour vols ou trafic de stup (source OIP). A ces sujets la critique de l’enfermement est plus “simple”, il suffit de dire que ces personnes pourraient être libres si on changeait notre relation à la propriété et à la légalité (de la défonce notamment). Un braquage, un acte quelconque de rébellion contre la société, peut être vu comme une chouette pratique subversive. Cependant, être en taule pour viol, pédocriminalité, inceste… c’est pas mythifiable, c’est pas excusable et donc on fait quoi avec ça.

la société du viol

Les violences sexuelles et sexistes font partie du patriarcat, elles ne sont pas des faits isolés ou le résultat de comportements individuels « déviants ». Elles sont la norme. Le produit d’individus bercés dans une société qui diffuse la culture du viol. On peut juste vous dire de regarder, écouter autour de vous, de réfléchir 5 minutes à vos comportements ou vécus. Ce n’est pas parce que les personnes autrices sont le produit d’une société sexiste, qu’elles ne sont pas responsables de leurs actes, elles le sont. Reconnaître qu’on merde, qu’on a merdé c’est possible, changer c’est possible. Les personnes qui acceptent de jouer ce rôle, qui choisissent de ne pas s’en extraire, qui profitent de leurs privilèges, ces personnes sont complices de ne rien faire pour changer elles-mêmes et leurs comportements et pour ça, ce sont des merdes. Seulement, on peut aussi considérer que la merde est partout, autour de nous et aussi en nous toustes. Penser que la prison pour les violeurs est un remède miracle n’a pas de sens. Penser que la prison tout court est un remède à quoi que ce soit n’a pas de sens. Penser qu’il existe un remède miracle contre les violeurs n’a pas plus de sens.

problème dans le système

La police, la justice, la prison ne sont pas là pour vous « protéger » car ces institutions sont les rouages d’un état patriarcal qui protège les auteurs et perpétue ces violences à l’intérieur même de ses institutions. Demander des droits, c’est demander à l’état patriarcal de s’en porter garant, c’est demander à la source même des oppressions d’y mettre fin. La culture du viol imprègne les flics, les juges, les avocat·es, les procureur·es, les magistrat·es, iels appliquent leurs représentations sexistes et raciste sur les concerné·es et parmi elleux il y a aussi des agresseureuses qui soutiennent et protègent les autres. Qui font les lois ? Des hommes cis, hétéronormés, blancs et riches. Qui remplissent les taules ? Toustes les autres… Les non-blanc·hes, les pauvres, les pas normé·es, les trans… Penser la taule comme une option possible, c’est oublier les biais de ce système et fermer les yeux sur ce qu’il perpétue. Bien qu’avoir recours au pénal, porter plainte, pour certaine est une question de survie à un moment donné, cela ne reste pas une solution en soit, c’est un palliatif. Le problème est systémique. Lutter contre le patriarcat ne se cantonne pas à une tentative de changer des comportements, c’est lutter aussi pour la destruction de tout un système oppressif, pénal et étatique.

les agressions ne s’arrêtent pas aux portes des taules

Les biais patriarcaux sont présents en prison comme partout ailleurs, la prison n’est que le reflet de la société. Les prisonier·es ne sont pas des héro·ines exemptes de comportement de merde. La prison n’exclut pas le sexisme, la lesbophobie, la transphobie, l’homophobie… Au sein même de la taule il y a des viols et des agressions. Les personnes homo et les trans en sont très souvent victimes. Pour tenter d’éviter ça iels se retrouvent contraint·es d’être placé·es à l’isolement, c’est à dire en cellule individuelle, sans aucun contact avec les autres prisonier·es et le moindre mouvement encadré par des matons. Iels subissent donc une double peine. Autre exemple, les violeurs condamnés, appelés « pointeurs », se font souvent défoncer, par les autres détenus ou par les matons. La taule c’est comme la société, une vaste hypocrisie, ça condamne le viol par le viol. Quand un mec cis défonce un violeur en taule, il défonce un violeur “reconnu”, il frappe ce que la société à travers sa police, ses tribunaux et ses taules reconnaît comme un violeur. Par sa violence, il renforce la séparation symbolique entre lui et le violeur. L’usage de la violence lui permet bien souvent d’éviter de réfléchir sur ses propres comportements et de continuer de se voiler la face. Cette violence là, qui consiste à s’acharner sur le bouc émissaire du viol n’a rien à voir avec celle menée par les survivant·es contre leurs bourreaux. La prison de part sa violence permanente, encourage et perpétue la violence viriliste.

Alors franchement, si on pense encore une minute que la taule est une solution pour régler son compte au patriarcat, on se fout un barreau dans l’œil.

pour qu’on se tienne sages

Les viols ne se sont pas magiquement arrêtés depuis qu’ils sont criminalisés, ce qui remonte à 1810 quand même. La soi-disant menace de la prison ne sert donc à rien. La prison n’a aucune incidence sur la culture du viol, voir pire, elle entretient une image fantasmée du monstre alors que la plupart des agressions ont lieu dans le cercle familial ou par des personnes connues de lea survivant·e. Elle nous maintient dans une peur stéréotypée, pourtant les agressions sexistes sont perpétués par tout le monde, dans des milieux populaire, chez les bourgeois, chez les anar… Cette peur sert aussi à nous maintenir dans un statut de victime incapable d’agir, de réagir. Cela nous dépossède de tout droit de réponse, de toute recherche de solution par nous même et pour nous même. On parle souvent de la violence de l’état et de la nécessité à utiliser cette même violence contre celui-ci et ses représentant·e. Ne sommes-nous pas là aussi, face aux violences sexistes structurelles, dans la nécéssité d’utiliser cette même violence pour en combattre ses représentant·e ? C’est à chacun·e de savoir et choisir ou placer ses curseurs de vengeance, de pardon, de réparation, d’acceptation et de survie.

une prison genrée

Tout le système pénal entretient des normes de genre qui enferment doublement, physiquement et symboliquement dans des rôles stéréotypés. La prison participe activement à te faire rentrer dans la norme, soit un mec viril ou soit une meuf docile. La prison t’enferme dans un genre, le genre t’enferme dans une prison. La face cachée de la prison dans une société hétéronormé et sexiste, ce sont les femmes, les mères, les copines, qui payent les conséquences de l’enfermement même dehors. Ce sont elles qui se tapent comme toujours le travail invisible du soin (laver le linge, écrire, soutenir…) et la gestion des gosses s’il y en a. Alors si on veut dire merde à tout ça, faut dire merde aux prisons.

ce monde est une prison

S’opposer à la prison ce n’est pas juste se battre contre des barreaux de fer qui entraveraient des libertés. Les barreaux, tu les as autours de toi, tu les sens dans ta chair, tu les vois dans ta tête, tout le temps. Ce sont toutes les injonctions au genre que tu te prends sur la tronche, toutes les oppressions que tu subies, toutes ces libertés qui n’existent pas pour toi. Ce sont aussi ces barreaux du quotidien qu’il faut faire sauter pour tendre vers la liberté. *si les personnes autrices de violences sexuelles sont mises au masculin, cela ne veux pas dire que les violeuses, agresseuses n’existent pas, seulement qu’en proportion cela représente une moindre proportion.


Pour aller plus loin

Pourquoi faudrait-il punir ?, Catherine Baker, éditions Tahin Party, 2004

Pour elles toutes, Gwenola Ricordeau, Lux Éditeur, 2019

Femme trans en prison, juin 2011 , disponible aussi sur infokiosques.net

Emissions de radio féministe/queer sur la prison sur radiorageuses. net