La propagande capitaliste

On connaît bien les impossibles exigences que sont les normes de beauté vis-à-vis du corps féminin. Ces normes stigmatisent tout ce qui fait qu’un corps est vivant, qu’il est celui d’une personne qui pense et agit, contemple et profite_: des poils au gras, en passant par vergetures et cicatrices. Une publicité pour tel rasoir ou cire ne va pas seulement chercher à faire changer de marque mais participe à la pression globale à l’épilation en normalisant le fait de s’épiler et en réduisant les questions à ce sujet à_: quelle méthode_? Quelle entreprise va s’enrichir_?
La publicité crée des besoins pour des produits en développant les peurs et insécurités que ces mêmes produits prétendent combler. Face aux questions sociales, elle ne propose qu’une réponse_: la consommation. Des crèmes pour blanchir la peau pour moins subir le racisme, des coupes-faims et régimes pour moins subir la grossophobie, des produits pour cacher le vieillissement, d’autres pour dissimuler la fatigue des doubles journées. Mais aucun produit, aucune solution technicienne ne fera disparaître les structures de domination.
La publicité ne vise pas seulement à nous faire acheter un produit plutôt qu’un autre mais aussi à transformer nos imaginaires, nos représentations et nos pratiques. Elle nous masque les causes profondes et nous aveugle de mirages. La publicité fait du désert capitaliste le seul horizon, car c’est le seul qu’elle représente. De la même manière qu’il n’y a pas de place pour les vélos ou les piétons dans une publicité pour la voiture, il n’y a pas de place dans le spectacle publicitaire pour une vie loin du triomphe de la marchandise. La publicité automobile nous vend à la fois la voiture mais aussi une vision spécifique du déplacement ainsi qu’une valorisation générale de la civilisation de la bagnole. Les paysages se découvrent en suivant les routes qui les défigure.
Cette propagande capitaliste n’est pas cantonnée à des espaces spécifiques (panneaux, pages dans les magazines, publicité sur internet ou autres) mais se retrouve partout. Dans les films et les séries, dans le discours des influenceur·euses, dans les magasins, les romans, dans les articles de journaux, les compétitions sportives ou encore les reportages télévisés. La publicité offre aussi aux capitalistes un outil de contrôle des médias en leur offrant un moyen de contrôle direct sur les rentrées d’argent. Sans compter évidemment quand les médias ne sont tout simplement pas une filiale d’un groupe industriel d’un autre domaine. Le cinéma est ainsi utilisé avec succès par l’industrie du tabac pour présenter de manière positive le fait de se remplir les poumons de goudron, le lier à des activités de la vie quotidienne et au glamour.
L’intériorisation des normes nous transforme aussi en panneau de pub, que ce soit par les vêtements siglés que nous portons, le mode de vie que nous valorisons ou les propositions d’activités que nous faisons. Il n’est pas réellement possible de fuir la publicité,, ne reste alors qu’une seule solution l’affronter. Comme à Saint-Lo cette année, où au moins 15 panneaux publicitaire ont été réduits à néant par le feu et deux autres sciés sur pied. Où à Saint-Herblain en juillet 2020, quand 6 véhicules JCDecaux ont été entièrement brûlés dans une attaque revendiqué par l’Action Directe Anarchiste (ADA).
«_Face à ces nuisances, n’importe qui peut agir : un marteau, un brise-vitre ou même une pierre et quelques secondes de votre temps pour participer à dépolluer l’espace public de ces panneaux publicitaire._» extrait du communiqué de l’ADA.

J’ai pété une case et c’est pas près de s’arranger

Pourtant je me souviens quand j’étais minot on s’allongeait dans la pente et on roulait jusqu’en bas en hurlant de rire. On man­geait les feuilles acides et violettes des haies et les fleurs des trèfles dans les prés. Une fois j’ai vu un rongeur crevé et j’ai passé l’après-midi à le regarder gonfler et les fourmis tout au­tour qui s’agitaient. On s’mettait une lampe sous le menton et on se racon­tait des trucs qui font flipper. Je jouais avec mon frère au mono­poly et quand un des deux perdait on trouvait des nouvelles règles pour continuer à jouer. On inventait des his­toires et on ou­bliait d’aller manger.

Pis j’ai grandi et les moments comme ça se sont raréfiés. J’ai peur d’aller à l’école parce que j’ai pas révisé. On entend tous les bides se serrer quand le prof sadique choisit cellui qui va ramasser. Et le soulagement quand c’est pas bibi. De courte du­rée parce que cette ordure frustrée peut continuer l’interroga­toire si tu le ras­sures pas sur ses capacités. Je les déteste. Mais j’apprends à faire avec. Et les grands me mettent la misère parce qu’on peut pas avoir du style en s’habillant à la halle aux vêtements. Parce que je peux pas raconter à mes potes que le soir dans la baignoire je me masturbe en m’imaginant les sucer. Et je continue à faire avec. À faire des paris avec le monde ex­térieur pour savoir si je vais réus­sir à me faire des potes, avoir une copine, avoir le droit d’aller à la fête de Justine. Si aucune voiture ne passe avant que je tourne au coin, mes parents m’en­gueuleront pas en lisant le mot du prof. Le ventre noué, tout le temps, et c’était pas le gluten.

On me dit que j’ai le choix, alors je choisis, foot ou judo, tu parles d’un choix. Mais quoi le monde il tourne et puis il m’ar­rive quand même des trucs sympas. Alors je joue le jeu. Je fais les études qu’il faut. Je dis les trucs qu’il faut. Le temps passe vite et c’est toujours le même ennui. Trop inadapté, et pourtant rien n’y paraît. Parce que j’enferme tout dans ma tête. Je bosse, j’essaie de bien faire. Et puis il faut bien bosser, si on veut vivre, non ? On dit manger pour vivre et on vit pour vomir tout ce qu’on englou­tit.

40 piges avant la retraite ? Et quoi, y a rien qui change c’est comme ça ? Ça ressemble pas aux histoires qu’on me racontait pour m’endormir. Y avait pas de flics et de prisons, de types des assedics et de contrôleurs trop cons. La nuit je rêvais de voler comme un oiseau et pas de lézards avec la tête de mon patron.

Parfois j’arrive à voler du temps en traînant sur l’ordi, mais y a mon cul qui suinte sur le fauteuil. Je sors du bureau pendant l’averse alors qu’il faisait beau toute la journée. Tout le monde tire la gueule, je me dis que c’est ça la vie, j’attends la quille. Et le week-end je m’embrouille aviné avec des gens que je crois être mes potes mais avec qui je traîne juste parce que j’étais dans la même école, la même fac, le même club de sport, la même merde. On me dit que j’ai de la chance de vivre dans ce pays. Je regarde les infos d’un œil distrait, les corps noirs que le ressac ra­mène sur les rives de mon beau pays. On m’a parlé des droits de l’homme, de la culture. J’ai feint de réagir devant les massacres et le néolibéralisme en votant pour un connard plus rouge que les autres. Le soir je suis trop crevé pour m’amuser, j’ai mal au dos et aux pieds. J’suis autonome, j’ai un patron et un loyer. Je bouffe des produits bio pour pas trop vite crever sans capter que j’suis déjà mort.

La vie, une grosse tartine de merde. Le triste quotidien d’un type qui voulait juste être normal. Une dégringolade de dé­ceptions en résignations. Est-ce que je vais prendre des antidé­presseurs à 25 berges ? La thérapie pour tous, prozac et mcdo. Un horizon de béton et du sang dans la télé. Rien d’autre à faire qu’enchaîner les joints pour anesthésier.

Matrix c’est de la science-fiction ou une allégorie du monde d’au­jourd’hui ? Tous dans des cercueils, à se faire sucer le ci­boulot. Mais c’est déjà le règne des machines, gros.

Qu’est-ce que j’me souviens de l’école à part les brimades et les tarpés fumés en cachette ? Qu’est-ce que j’me souviens du taf à part les collègues qui poukavent quand j’arrive 10 minutes en re­tard ? Qu’est-ce que j’me souviens du boulot à part la sueur de­vant le chef et les astuces pour truander les notes de frais ? La pointeuse, et le vol de ramettes de papier. Voler des miettes, ça m’a pas suffi. Tant mieux.

Alors maintenant j’attaque. Anarchiste ou nihiliste, je m’en tape tant qu’il y a des flammes et des caillasses. Et que j’aime trop le goût de tes lèvres quand on sent encore l’essence.

Ouais j’risque d’aller en taule. Et quoi ? Ça fait plus de vingt piges que j’y suis, en taule, alors autant défoncer les matons tant que j’ai les mains libres. Et bien sûr que je flippe. J’ai toujours flippé. Sauf que j’ai envie de danser, de virevolter, avec ma peur, pas de la regarder creuser ma tombe.

J’attaque parce que ce monde est pas sérieux, rempli de zom­bies et de banquiers. J’attaque parce que je veux sortir de ce cercueil douillet. J’attaque pour tuer l’ennui et ma lâcheté, pour ne plus regretter. J’attaque parce qu’y aura pas de révolution. Et que j’ai pas envie d’attendre pour m’amuser.

Parce que je veux plus que la fuite ça veuille dire beuverie, mauvaise foi et jeux vidéos. J’ai envie que ça veuille dire on court dans la nuit en se tenant la main.

J’attaque parce qu’ils croient que je suis mort, mais ils voient pas que j’bouge encore.

J’ai pété une case et c’est pas près de s’arranger.
france – juin 2017

avortez-moi

En juin dernier, la cour suprême des états-unis a abrogé le droit à l’avortement, laissant ainsi chaque état faire leur tambouille et décider si oui ou non les personnes enceintes pourraient encore avorter légalement. En octobre 2020, c’est la pologne qui restreint encore un peu plus les possibilités d’avortement (déjà mince), dorénavant autorisé uniquement pour protéger la « vie » ou la santé des personnes enceintes, ou quand la grossesse résulte d’un viol. Sachant comment la reconnaissance des viols est simple dans ce monde patriarcal, on imagine l’horreur de la situation pour les victimes. Toujours en octobre 2020, 35 états (dont les deux cités plus haut) ont signé la Déclaration de consensus de Genève sur la promotion de la santé de LA femme et le renforcement de LA famille. Rien que le nom ça fait rêver. Des états qui ne peuvent pas se piffrer sur le plan politique ont signé un texte en commun pour cracher sur l’existence d’un droit à l’avortement international et sur l’obligation des états à faciliter ou financer des avortements. Apparemment l’ingérence sur les corps des personnes sexisées ça met tout le monde d’accord.
En france, quand tu veux avorter et même si c’est «_légal_», les locaux sont les mêmes que pour les personnes sur le point d’accoucher, histoire de bien te faire sentir que tu es une erreur dans la matrice de la reproduction de la vie, un bug dans le modèle de la famille hétéro-patriarcale. La culpabilisation te tombe dessus alors qu’un ovule ça se féconde pas tout seul (ou si mais c’est désiré dans ce cas là) et que la charge contraceptive est toujours très largement portée par les assignées meuf. Les idées conservatrices pro-life sont toujours présentes dans le paysage français, portées notamment par les fanatiques catho et facho dans leurs églises et leurs écoles. On peut citer la fraternité pie X qui a près de 200 lieux de culte (la chapelle de l’Immaculée Conception à Poitiers, la collégiale de Thouars, un pensionnat pour filles à Romagne…), les Survivants, Sos tout petits, la Fondation Lejeune et par le biais de la Lejeune Académie qui s’est tenue au domaine de l’abbaye de Pontlevoy (41), iels commencent à enrôler de plus en plus tôt. Et tout ce beau monde se retrouvera le 16 janvier à la marche pour la vie à paris.
Tout ça pour dire que les conditions d’accès à l’avortement ne vont pas continuer de s’améliorer. Et il restera toujours des personnes qui n’auront pas accès à ce ‘droit’ car sans papier, sans sécu, mineure, pauvre, trans, ayant dépassé le délai légal des 12 semaines (délais légal en france), car malmenée, horrifié, influencé par le personnel médical, ou situé dans un désert médical aux délais de prise en charge trop long…
Nos corps sont entre les mains des institutions. Nous sommes dorénavant tributaires du bon vouloir de politicien·ne et des médecins pour gérer nos vies et nos envies ou non de reproduction. Une pratique légale un jour peut devenir illégale le lendemain, voilà les limites des droits et des lois.
La légalisation de l’avortement en france en 1975 a certes contribué à sauver la vie de personnes enceintes qui pratiquaient des avortements de manière risqué mais elle a aussi criminalisé toutes les pratiques sortant du cadre imposé par l’ordre médical institutionnel. Le MLAC (Mouvement pour la Liberté de l’Avortement et de la Contrecaption) s’est battu ouvertement à partir de 73 pour la réappropriation des savoirs et pratiques médicales autour du corps des femmes et plus discrètement pour diffuser l’auto-avortement notamment avec la méthode Karman (par aspiration) simple et peu risquée. La répression est tombée sur certaine membre du MLAC et les groupes locaux se sont dissous dans les années 80. L’avortement par les plantes était également un savoir historique connu et transmis. Bien que les plantes soient de retour sur la scène de l’auto-médication, par le biais de bouquin, de brochures, faut se le sentir pour s’avorter sois-même et faire confiance aux gratte-papier qui peuvent être à peu près n’importe qui. Les savoirs directs transmis de personnes à personnes, avec une pratique et une expérience concrète sont rares, difficilement trouvable car toujours criminalisés, les initiatives collectives et autonome réduites à néant. En étant dépossédées des pratiques et des connaissances propres à nos corps nous sommes devenues dépendantes de ce système et dans l’impossibilité de pouvoir faire les choix qui nous conviennent.

Au états unis et sûrement ailleurs, il existe encore (mais pour combien de temps) des groupes pratiquants l’avortement auto-géré, le groupe Jane ou le groupe Boston Women’s Health Collective. Et il existe encore des personnes pour faire entendre leurs voix et porter leurs idées dans les actes.

Eglise Saint John XXIII de Fort Collins vitres détruites et tags – Entrée de l’organisation anti-avortement Oregon Right to Life à Keizer endomagée aux molotovs – Asso anti-avortement à Madison 2 vitres brisées et molotov lancé à l’interieur – Centre de grossesse anti-avortement Next Step Pregnancy Center à Lynnwood vitres détruites – Centre de grossesse anti-avortement Mountain Aera Pregnancy Services à West Ashville porte brisée – Centre de santé des anti-avortement CompassCare à Amherst incendié et tag « Jane was here » – Centre anti-avortement de l’organisation chrétienne fondamentaliste First Image de Gresham incendié – Centre de grossesse Hope de Philadelphie vitres bisées – Manif sauvage à Portland banque, commerces et centre anti-avortement aux vitrines détruites – Siège des députés et scénateurs du Vermont 7 fenêtres détruites et tag disant « si l’avortement est menacé, vous l’êtes aussi »…

Anonymat visuel

Pour faire face à la multiplication des systèmes de captation vidéos, il est de plus en plus nécessaire de ne pas être identifiable visuellement lors d’une action quel quelle soit.

Vêtements :
Le traditionnel vêtement noir ample (pour dissimuler les formes) et le passe-montage/cagoule demeurent des classiques incontournables. Mais il est possible d’utiliser d’autres vêtements communs dont on prendra soin de se débarrasser après l’action. Si on choisit de les garder, un bon lavage ne fait jamais de mal.
Notons que lors du procès visant les incendiaires de la voiture du flic du quai de valmy, la justice a reconnu comme valable l’identification d’une personne grâce au caleçon qu’elle portait.
Les chaussures, dont il est plus coûteux de se débarrasser, peuvent être emballées dans un sac poubelle. Les flics aimant bien prélever les empreintes de pas, il peut s’avérer judicieux de se débarrasser des godasses après une balade dans la boue. Si on souhaite les garder, un petit décrassage vaut le coup.

Signes particuliers :
Il est important de faire attention à cacher/retirer les signes distinctifs : piercings, boucles d’oreilles, tatouages, lunettes, cicatrices, coupes de cheveux particulières… C’est le genre d’information que la flicaille n’hésite pas à noter sur les fiches.

Visage :
Les yeux et la zone alentour sont souvent utilisé pour l’identification. L’utilisation de lunettes de soleil ou de masque foncé de ski est plutôt efficace. Il faut aussi éviter de regarder directement les caméras car cela leur offre une superbe vue de notre visage.
Se maquiller peut aussi servir à brouiller les pistes.

Mais les anarchistes ne votent pas ?

Texte d’Alfredo M. Bonanno publié la première fois en italien dans le n°29 de Canenero *(2 juin 1995). Traduit et publié en français par le site Attaque en mars 2017.

Se dire anarchiste veut dire beaucoup, mais cela peut aussi ne rien vouloir dire du tout. Dans un monde d’identités faibles, quand tout semble s’estomper dans le brouillard de l’incertitude, se considérer anarchiste peut être une manière comme une autre de suivre un drapeau, rien de plus.
Mais parfois l’anarchisme est une étiquette inconfortable. Il peut te mettre des questions dans la tête, auxquelles il n’est pas facile de répondre. Il peut te faire remarquer les étranges contradictions de ta vie_: le travail, le rôle que la société t’a imposé, le statut auquel toi-même tu participes, la carrière à laquelle tu n’arrives pas à renoncer, la famille, les amis, les enfants, le salaire en fin de mois, la voiture et la maison dont tu es propriétaire. […]
Si quelqu’un pose des problèmes, pas tellement avec sa langue plus ou moins acérée, mais avec les choses qu’il fait, en mettant en danger cette position rassurante, cette sensation de protection, de se sentir comme chez soi, alors nous le rappelons à l’ordre, en lui listant au grand complet les principes de l’anarchisme, auxquels nous restons fidèles. Et, parmi ceux-ci, il y a celui de ne pas aller voter. Les anarchistes ne votent pas, sinon quels anarchistes seraient-ils ?
Tout est bien clair et lisse. Et pourtant, notamment ces derniers temps, ont été avancées des objections, des perplexités.
Quelle signification y-a-t-il dans le fait de ne pas aller voter ? Il existe une signification, ils ont répondu en chœur, spécialement parmi les plus âgés. Parce que voter c’est déléguer et les anarchistes sont pour la lutte directe. Joli, dirais-je, très joli.

Mais quand cette lutte consiste seulement dans le fait de témoigner de ses principes (donc également son abstentionnisme), et rien de plus, quand cela consiste dans le fait de se retirer en étant mal à l’aise quand quelques compagnons décident d’attaquer les hommes et les réalisations du pouvoir, ou bien consiste dans le fait de rester silencieux face aux actions des autres, quand c’est cela la lutte, eh bien, alors autant aller voter.
Pour ceux qui considèrent l’anarchisme comme le tranquille gymnase de leurs opinions (et de celles d’autrui) sur un monde qui n’existe pas – et n’existera jamais – tandis que pour eux les jours se suivent l’un après l’autre dans la grisaille monotone des matins tous identiques, des gestes tous identiques, des travaux, affects, hobbies et vacances tous identiques, pour ces derniers, quel sens y-a-t-il à s’abstenir, si ce n’est de réaffirmer, à peu de frais et avec assez de clarté, leur identité anarchiste ? Cependant, à bien y regarder, si leur anarchisme est seulement cette enseigne poussiéreuse et ridicule, dans un terrain de certitudes monotones et escomptées, il vaut mieux se décider à aller voter. Leur abstention ne signifie rien.
Ils pourront sans problèmes voter aux présidentielles, et aussi aux élections locales. A bien y réfléchir, ils pourront ainsi choisir de défendre un morceau de démocratie qui, à bien y regarder, est toujours mieux qu’une dictature qui remplirait les stades et les camps de concentration, dans l’attente de dresser des listes de proscription.[…] On ne rigole pas avec certaines choses, mieux vaut courir voter, spécialement dans une période dans laquelle des millions de personnes ne semblent pas comprendre la valeur des élections. L’abstention à des millions n’a plus de sens anarchiste, […]
Il reste de nombreux autres anarchistes. Il reste ceux pour lesquels leur anarchisme est un choix de vie, pas une conception à opposer, dans un tragique et insoluble oxymore, aux mille problèmes d’apparence que la société codifie et impose.
Pour ces compagnons, l’abstention est seulement une des nombreuses occasions de dire « non ». Leur action anarchiste se réalise dans bien d’autres faits et ce sont justement ces faits qui donnent une lumière et une signification différente à cette façon de dire « non ».

Lectures revanchardes

• Les orageuses / Marcia Burnier / ed. Cambourakis

C’est un petit bouquin, qui fait autant du bien qu’il tape là où ça fait mal, au cœur de l’hétérocispatriarcat. Sans trop être enrobé de fioritures, voir presque pas assez (on aimerait parfois en savoir un peu plus sur les personnages), on suit des bribes de vies reliées par une même envie. Une envie de vengeance, de violence collective par celleux qui se sont fait marcher dessus. Ça ne parle que de cela, un peu des dérives, des doutes aussi. Et ça fait du bien dans une fiction, d’avoir ce point de vue, celui des survivant.es amoché.es mais pas victimisé.es, et cette perspective, celle qui nous redonne la force et la capacité d’agir surtout quand on est épaulé.es.

Toute rage dehors/ infokiosque.net

Tu trouveras une compil de textes mettant en mots des actes de ripostes et de vengeances concrètes. Des mots de colère, de frustration mais aussi de joie et de plaisir. Ça va du récit d’expérience perso au communiqué d’action collective. Pour donner des idées, des envies, des moyens d’agir contre celleux qui perpétuent et profitent de la domination sexiste. Mais aussi pour nous questionner dans notre propre rapport au conflit, à la violence et faire notre chemin perso là dedans sans suivre une voie toute tracée.

Dépasser la défense de territoire

La lutte contre les bassines est une lutte bien vivante : manifestations, sabotages et soirée de soutien sans compter évidemment toutes les actions diverses et variées. Nous soutenons cette lutte et cela fait déjà un moment que nous en parlons dans ce modeste torchon.
Les bassines font partis des processus d’adaptation du capitalisme à la catastrophe climatico-écologique dont il est à l’origine. Comme tout ces processus d’adaptation (de la voiture électrique à l’éolienne industrielle), elles ne feront qu’aggraver la situation. Ainsi je pense que la lutte des bassines doit se concevoir comme un support spécifique et concret de lutte contre un ensemble largement plus vaste et plus difficile voir impossible à saisir dans son entièreté. Parce qu’il s’agit seulement d’un rouage de la méga-machine, il me paraît important que cette lutte serve aussi à élargir et approfondir la critique contre le reste.
Nombres d’opposants notent que les bassines servent à la culture de maïs fourrage, destinée à alimenter les animaux d’élevage. Ceux dont les cadavres et les sécrétions, une fois devenues marchandises sont renommées viande et lait. Cette information aurait dû conduire à inclure des réflexions et pratiques anti-spécistes dans la lutte. Car l’élevage, sous toutes ses formes, est une nuisance. Une nuisance à la vie car il est inacceptable d’enfermer, de reproduire de force et de tuer des êtres qui ressentent la douleur pour le prétendu plaisir gustatif de quelqu’un·es. Une nuisance écologique car la question de la gravité des dommages écologiques produit par l’élevage ne dépend qu’à la marge du mode d’élevage. Par exemple, les émissions de gaz à effet de serre des bovidés ne changent pas fondamentalement si ils se nourrissent d’herbe dans les champs ou de fourrage (l’élevage représente 14,5 % des émissions de gaz à effets de serre).
Une nuisance sanitaire, l’élevage pollue les sols et les cours d’eau mais est aussi le lieu d’incubation et de mutation des maladies de demain : développement des résistances aux antibiotiques, transmission des animaux d’élevage aux humains…
Les bassines sont, pour simplifier, une réponse technique à une question simple : comment permettre que malgré le fait que tout va changer tout puisse continuer comme avant ? Comment permettre que la chaîne industriel de la viande et du lait puisse continuer de produire de la marchandise et générer du profit ?
Les réflexions et luttes antispécistes permettent d’ouvrir un nouveau champ d’action contre les bassines, en proposant un non ferme et définitif non seulement à réponse technique mais à la question. Si les bassines sont tant défendues, c’est parce qu’elles sont un des maillons clés de l’agriculture industrielle et de l’élevage. Derrière les grands céréaliers se trouvent les éleveurs qui utilisent le maïs fourrage, les laiteries et abattoirs qui transforment les cadavres et les sécrétions issus des stabulation… Et les banques qui fournissent les liquidités, huilant ainsi tout les rouages. Une chaîne qui va des bassines de Mauzé-sur-le-Mignon à l’entreprise Bonnilait à Chasseneuil du Poitou en passant par le Crédit Agricole et Groupama. Ces projets de bassines se font grâce à tout un système, cela doit être prise en compte dans les réflexions comme dans les pratiques.
Prendre en compte les réflexions antispéciste, implique aussi de remettre en question des éléments de l’alliance hétéroclite anti-bassine. Comme la question de la présence des fédérations de pêche qui se préoccupent de la pollution et des manques d’eau car elle pourrait impacter leur loisir meurtrier. Celle de la vienne se range du côté des irriguant, celle des deux-sèvres contre les bassines.
Que les bassines se construisent ou non, il est déjà trop tard pour espérer préserver encore longtemps ce mode de vie privilégié dont la consommation massive de produits animaux est un marqueur. Ce mode de vie est le produit de massacres : passés, présents et à venir. Le refuser dès maintenant, c’est une manière concrète de s’y opposer.
Ces critiques peuvent être posés dans de nombreuses luttes qui peinent souvent à lier le spécifique au général, le local au global, le personnel au structurel. Penser ces liens permet des luttes horizontales, forte, vivante et résistante aux méthodes actuelles de la répression.

Le spectacle de la contestation

Nos rapports aux autres passent par des intermédiaires : les journaux, la radio, la télévision ou encore les réseaux sociaux. Ces intermédiaires façonnent lourdement la représentation que nous avons de la réalité. Nous pouvons ignorer ce qui s’est passé la veille à quelques rues de chez nous tout en étant au courant des moindres détails d’une affaire s’étant déroulée à des centaines de kilomètres. Que cela soit le produit des algorithmes ou d’un directeur de rédaction n’y change pas grand-chose : ce que nous croyons être la réalité quotidienne n’est qu’une collection distordue de fragments de celle-ci. Cette vision partielle est une construction volontaire, issus des jeux de pouvoir et d’influence. Que nous devenions spectateurice de la réalité n’est pas un défaut mais un but.
Plus radicalement que le spectacle médiatique, c’est toute la société qui peut être envisagée comme une immense représentation. Où chacun·e, jour après jour, joue plus ou moins bien son propre rôle. Des travailleureuses plus ou moins obéissant.es face aux ordres des chef·fes. Des femmes plus ou moins disciplinées face aux injonctions des hommes. Des élèves plus ou moins rétifs aux ordres des maîtres.
On a le droit de ne pas apprécier le spectacle et même de s’en plaindre. Avant même l’obéissance et le calme, les professeurs attendent des élèves la présence. Les capitalistes ne s’inquiètent pas que leurs ouvriers les maudissent tant qu’ils reviennent travailler le lendemain. Les violeurs se moquent bien du fait que les féministes décorent les murs avec le décompte de leurs victimes.Le spectacle encourage les contestations qui s’expriment dans sa norme car elles ne le menace pas.

Il est certes agréable de voir des affiches rappelant le sort terribles des ouïghours. Ces dernièr·es sont enfermé·es dans des camps de concentration, stérilisées de force, réduit·es en esclavage et massacré·es par l’état chinois. Mais ces affiches collées au hasard des rues ne rompent pas l’illusion spectaculaire, elles ajoutent seulement leurs voix au concert des autres. Ces affiches ne font pas de lien entre ce qui se produit là-bas et ici.
Aurait pourtant put être nommées et ciblées les entreprises profitant directement de l’oppression des ouïghours (comme Zara, Adidas, Gap ou encore H&M) ou le centre confucius sur le campus universitaire.
Notons que des actions destructrices peuvent tout aussi bien participer au spectacle que quelques mots peuvent le rompre. La casse d’une vitrine de banque, aussi réjouissant soit-elle, peut tout à fait s’insérer dans les critiques tronqués du capitalisme. Celles qui dénoncent la finance tout en défendant les petits patrons, qui ne sont pourtant pas moins différent des grands bourgeois. On se détruit autant le corps sur les chantiers d’une PME familiale que sur les chantiers de Vinci. Le capitalisme n’est pas uniquement une somme de flux financiers mais un ensemble de rapports sociaux. Au contraire quelques lignes peuvent nous amener à développer de nouveaux refus, à nourrir les rebellions d’aujourd’hui et de demain. Les vitres sont plus facilement remplacées que le désir de liberté.
Pour que nos actions et idées ne deviennent pas un spectacle au sein du spectacle, il est plus que jamais important de combiner les idées et les pratiques. Et de ne jamais oubliez que nos ennemis ont des noms et des adresses.