Le spectacle de la contestation

Nos rapports aux autres passent par des intermédiaires : les journaux, la radio, la télévision ou encore les réseaux sociaux. Ces intermédiaires façonnent lourdement la représentation que nous avons de la réalité. Nous pouvons ignorer ce qui s’est passé la veille à quelques rues de chez nous tout en étant au courant des moindres détails d’une affaire s’étant déroulée à des centaines de kilomètres. Que cela soit le produit des algorithmes ou d’un directeur de rédaction n’y change pas grand-chose : ce que nous croyons être la réalité quotidienne n’est qu’une collection distordue de fragments de celle-ci. Cette vision partielle est une construction volontaire, issus des jeux de pouvoir et d’influence. Que nous devenions spectateurice de la réalité n’est pas un défaut mais un but.
Plus radicalement que le spectacle médiatique, c’est toute la société qui peut être envisagée comme une immense représentation. Où chacun·e, jour après jour, joue plus ou moins bien son propre rôle. Des travailleureuses plus ou moins obéissant.es face aux ordres des chef·fes. Des femmes plus ou moins disciplinées face aux injonctions des hommes. Des élèves plus ou moins rétifs aux ordres des maîtres.
On a le droit de ne pas apprécier le spectacle et même de s’en plaindre. Avant même l’obéissance et le calme, les professeurs attendent des élèves la présence. Les capitalistes ne s’inquiètent pas que leurs ouvriers les maudissent tant qu’ils reviennent travailler le lendemain. Les violeurs se moquent bien du fait que les féministes décorent les murs avec le décompte de leurs victimes.Le spectacle encourage les contestations qui s’expriment dans sa norme car elles ne le menace pas.

Il est certes agréable de voir des affiches rappelant le sort terribles des ouïghours. Ces dernièr·es sont enfermé·es dans des camps de concentration, stérilisées de force, réduit·es en esclavage et massacré·es par l’état chinois. Mais ces affiches collées au hasard des rues ne rompent pas l’illusion spectaculaire, elles ajoutent seulement leurs voix au concert des autres. Ces affiches ne font pas de lien entre ce qui se produit là-bas et ici.
Aurait pourtant put être nommées et ciblées les entreprises profitant directement de l’oppression des ouïghours (comme Zara, Adidas, Gap ou encore H&M) ou le centre confucius sur le campus universitaire.
Notons que des actions destructrices peuvent tout aussi bien participer au spectacle que quelques mots peuvent le rompre. La casse d’une vitrine de banque, aussi réjouissant soit-elle, peut tout à fait s’insérer dans les critiques tronqués du capitalisme. Celles qui dénoncent la finance tout en défendant les petits patrons, qui ne sont pourtant pas moins différent des grands bourgeois. On se détruit autant le corps sur les chantiers d’une PME familiale que sur les chantiers de Vinci. Le capitalisme n’est pas uniquement une somme de flux financiers mais un ensemble de rapports sociaux. Au contraire quelques lignes peuvent nous amener à développer de nouveaux refus, à nourrir les rebellions d’aujourd’hui et de demain. Les vitres sont plus facilement remplacées que le désir de liberté.
Pour que nos actions et idées ne deviennent pas un spectacle au sein du spectacle, il est plus que jamais important de combiner les idées et les pratiques. Et de ne jamais oubliez que nos ennemis ont des noms et des adresses.

Air Rance

Les éoliennes poussent comme des champignons dans le coin, plus Amanite tue mouche que Coulemelle. On nous les vends à toutes les sauces, teintée de vert évidement. L’éolien à le vent en poupe auprès des politiques de tout bords (sauf des pro-nucléaire quand même !), auprès des écolo-capitalistes mais aussi auprès des promoteurs qui y trouvent un bon filon économique. Les éoliennes véhiculent une image mignonne du respect de l’environnement et une jolie solution toute trouvée pour réduire la consommation d’énergies fossiles.

Quelques voix s’élèvent tout de même, à droite et à gauche, pour dénoncer l’enmochissement des campagnes pourtant déjà bien ravagées par l’agro-industrie qui étend ses champs, ses produits de mort et ses hangars à bestiaux à perte de vue. Quelques écolos s’indignent car les pales des éoliennes tuent quelques oiseaux de plus, mais aussi perturbe la nidification et la reproduction de certaines espèces. Quelques riverain.es s’opposent car iels vont directement être impacté.es par le bruit de la nacelle ou du vent dans les pales, par les flash lumineux qui empêchent l’obscurité, par le prix de la maison qui va chuter.
Nous on aimerait porter la voix de celleux qui disent que l’éolien industriel, c’est de l’industrie lourde, polluante, qui va dans le sens d’un monde capitaliste, extractiviste et colonial.
Pour mettre en place une éolienne qui a une durée de vie d’environ 25 ans, il faut raser des forêts (sauf si c’est en plein champ), élargir et refaire des routes pour faire passer des convois géants, excaver et couler 500m3 de béton (ou plus) sous chaque mât. L’éolien industriel, c’est aussi des lignes à haute ou très haute tension (THT) et de gigantesques transformateurs pour envoyer ces mégawatt ailleurs.
« Chaque éolienne contient 600kg de terres rares, essentiellement du néodyme. L’exploitation et le raffinage de ce métal se fait principalement dans la ville de Baotou (en Mongolie Intérieure), surnommée « la ville du cancer ». Les rejets chimiques de cette industrie ont pollué toute la région : l’espérance de vie est désormais de 40 ans et la radioactivité est deux fois supérieure à celle mesurée à Tchernobyl. Chaque éolienne contient également plus de 4 tonnes de cuivre extrait dans les gisements d’Amérique du Sud où des villages entiers sont expropriés par les forces armées pour permettre aux firmes occidentales d’exploiter la richesse du sous-sol et la vie des ouvriers. Pour verdir ici, on noircit là-bas. »1

Les projets d’implantation de ces mégas machines industrielles poussent sans encombre, facilités par le ministère de la transition énergétique, les communes n’ont pas leur mots à dire. La procédure est rapide et simple. Une fois le foncier négocié avec les proprios, des études d’impacts sont réalisées. Suite à quoi le préfet délivre (ou non) l’autorisation environnementale étayée par les conclusions d’une enquête publique. En 2019, entre Poitiers, La Rochelle, Angoulême, Limoges et Guerret on compte une cinquantaine de parcs éoliens déjà en fonctionnement, plus de 75 projets autorisés, une soixantaine en cours d’instruction, et seulement une quinzaine de projets refusés ! On voit que les préfets vont bien dans le sens du vent.
Et ces projets industriels profitent évidement toujours aux mêmes, aux exploitants, qui vont revendre aux états leur énergie soit disant verte à prix d’or. Pour racheter à des prix faramineux cette électricité faut bien que l’état trouve de la thune, quoi de plus simple que de taxer encore un peu plus les consommateurices en leur prélevant notamment la CSPE (Contribution au Service Public de l’Électricité)2. La boucle est bouclé.
A Poitiers on a la joie d’avoir les entreprises Eolise et Ostwind pour mettre en place des projets éoliens dans le coin et ailleurs.
Mais critiquer l’éolien, c’est critiquer l’énergie industrielle dans son ensemble qu’elle soit hydroélectrique ou nucléaire également, mais c’est critiquer surtout le monde pour lequel ces énergies sont produites…

Brochures trouvables sur infokiosque :
1/ Plaidoyer contre les éoliennes industrielles [courte et efficace]
2/ Le vent nous porte sur le système ou comment être anti-nucléaire sans devenir pro-éolien [plus technique]

Assechons l’agro-industrie

Ce samedi 6 novembre à mauzé-le-mignon, tout le monde était au rendez-vous. Les flics et la FNSEA venus défendre en bloc la monoculture, l’élevage, les pesticides et une bassine en construction. Mais aussi les opposant·es qui sont allées rendre inutilisable une bassine déjà construite : démontage de la pompe, bâches découpées et en partie brûlés. Une démonstration en acte du « Une bassine construite, trois détruites » qui à valut une visite matinale de la flicaille à un opposant. Sans oublier les perquisitions et poursuites contre au moins trois autres personnes, dont l’une est accusée d’avoir enrichi le carburant d’une pelleteuse avec du blé.

Raclure d’Infanterie Coloniale de Merde

On a parfois tendance à l’oublier, mais poitiers n’est pas seulement une ville étudiante mais aussi une ville de casernes : deux casernes de l’armée, une de gendarme et une de CRS. A poitiers ouest, au-dessus de la gare s’étale comme une verrue celle du RICM. L’ancien Régiment d’Infanterie Coloniale Marocaine a changé de nom mais pas de pratique. Il a été et il est encore de toutes les opérations coloniales.
Formé au début de la 1er guerre mondiale, les troupes auront donc la joie d’aller se faire massacrer allègrement au nom du nationalisme. Les 15 000 soldats morts ou blessés pour les intérêts des marchands de canons et des excités des frontières seront rassurés d’apprendre qu’ils ne sont pas mort en vain. En effet, fort de nombreuses médailles le drapeau du régiment sort de la guerre plus brillant que jamais. Mais le colonialisme n’est jamais loin, et dès 1925 le régiment s’installe au maroc, en pleine guerre du Rif (1921-1927), guerre coloniale menée par la france et l’espagne qui n’hésitent pas à bombarder des villages au gaz moutarde. Parmi les galonnés qui s’illustreront dans ce massacre, on peut citer pétain et franco.
On retrouve aussi le RICM dans l’opération turquoise (1994) pendant le génocide des tutsis au rwanda (800 000 à 1 000 000 de tué·es). Cette opération militaire, sous couvert d’intervention « humanitaire » visant à mettre fin au génocide, à surtout permis d’exfiltrer les génocidaire soutenus par la france. Ainsi les miliciens génocidaires n’étaient même pas désarmés aux barrages de l’armée française, de plus les livraisons d’armes aux génocidaires par la france continueront pendant l’opération turquoise et probablement après. Tout cela permettra aux troupes génocidaires de se réorganiser et de continuer à semer la terreur, participant fortement à déstabiliser la région pendant les décennies suivantes.
Hier comme aujourd’hui, la marche du capitalisme et de la « civilisation» se fait dans le sang. Le caoutchouc naturel fut une des ressources clés de la croissance à la fin du XIXe siècle. C’est pour en produire toujours plus que les capitalistes, aidés par le clergé catholique et l’armée, mettront en place un système esclavagiste dans la colonie du congo belge, dont est issus l’actuel rwanda. Aujourd’hui, ce serait plus le coltan, un minerai que l’on retrouve aussi bien dans les smartphones que les missiles, les avions que les ordinateurs.
Voilà l’autre visage du « progrès », celui que l’on ne vous montre ni au futuroscope ni à l’apple store.

L’église tue

Retrouvée collée dans la nuit du 18 au 19 octobre, l’affiche reproduite à gauche et reçue par mail ne fait que dire ce dont chacun·e se doute. Mais ce n’est pas seulement l’union chrétienne le problème mais toute l’institution catholique : du pape aux curés, des écoles aux églises, des camps scouts à emmaüs.
Cette église qui défend et exfiltre les violeurs d’enfants (plus de 300 000 victimes en 70 ans rien qu’en france). Une pratique courante de l’église catholique est de déplacer les religieux accusés de violences sexuelles vers d’autres paroisses, voir d’autre pays. On pense ainsi aux prêtres lyonnais couverts par le cardinal barbarin mais aussi à l’institut catholique Provolo de Mendoza en Argentine. Un institut pour enfants sourds et muets où étaient transférés des prêtres violeurs pédophiles sévissant en Italie.
Cette église qui a toujours été du côté des oppresseurs et des génocidaires. Des conquistadors au génocide des tutsis au rwanda où l’église catholique (notamment les pères blancs et l’internationale démocrate chrétienne) à crée et diffusée la matrice idéologique du projet génocidaire mais dont les membres y ont aussi participé, qu’ils soient ou non hutu. Comme le père blanc italien Bérôme Carlisquia qui a formé des tueurs et participé aux tueries. L’organisation Caritas International, dont dépend le secours catholique français, à notamment commandé et distribué des machettes qui serviront aux génocidaires. Le pape ira même jusqu’à propager la théorie négationniste d’un deuxième génocide, cette fois des hutus, une affirmation totalement fantaisiste servant uniquement à justifier le génocide des tutsis. Et comme pour les nazis, l’église catholique a exfiltré et couverts nombre de génocidaires.
Cette institution qui continue d’opprimer les femmes et les LGBTQI+. Ce catholicisme qui continue d’empêcher de disposer de son corps, que ce soit pour avorter, transitionner ou simplement baiser. Cette même chape morale qui empêche d’agir efficacement contre les maladies sexuellement transmissible.
Ce catholicisme de la soumission au travail et au patron, outil bien utile de la bourgeoisie. Ce n’est pas un hasard si les compagnons d’Emaüs malgré leur travail sont payés moins que le smic horaire, ne bénéficient pas des droits chômages et peuvent être virés du jour au lendemain (entre autre abus de pouvoir). Des individus en difficultés sont exploités sans vergogne sous couvert d’une pseudo-réinsertion qui n’arrivera jamais.
L’église est depuis toujours le compagnon de route de la vermine fasciste. Le vatican redevient un état à part entière grâce à Mussolini et les prêtres furent des soutiens et instruments fervents du régime franquiste.
On pourrait continuer à égrener et détailler les atrocités de l’église catholique pendant des pages mais nous préférons terminer sur des évènements survenus au canada cet été qui nous rappellent qu’il n’est jamais trop tard pour agir. Durant le mois de mai et de juin, des fouilles près de pensionnats catholiques pour les enfants autochtones conduisent à la découverte de près d’un millier de tombes anonymes, majoritairement d’enfants. Illustrant les tortures subies par ces enfants autochtones, victimes d’une politique de soumission et d’extermination des natifs mises en place par l’état colonial canadien et l’église catholique. Près de 150 000 enfants auraient subis ce génocide culturel et ce jusqu’en 1990, au moins 4 000 y ont été tuées.
Mais ces exhumations de cadavres d’enfants ne sont pas juste venus allonger la déjà immense liste des horreurs de l’église. Puisque deux jours à peine après la découverte des 750 tombes, c’était deux églises installées sur des territoires autochtones qui partaient en fumée et marquaient le début d’une série d’attaques contre l’institution catholique. Un bilan de la fin d’août indiquent que c’était pas moins de 68 églises qui avaient vandalisés dont 25 incendiées (plus d’une dizaine ont été entièrement détruites) depuis la découverte des premières tombes.

A couteaux tirés avec l’existant, ses défenseurs et ses faux critiques

Ce texte anonyme paru en italien en mai 1998 et ne fut traduit en français qu’une dizaine d’années plus tard. Nous avons reproduit ici des extraits du premier des neufs chapitres qui forment le texte.

«  La vie n’est qu’une recherche continue de quelque chose à quoi s’agripper. On se lève le matin pour retourner se coucher, un stock d’heures plus tard, tristes banlieusards oscillant entre le vide des désirs et la fatigue. Le temps passe et nous gouverne comme un aiguillon toujours moins fastidieux. Le fardeau des obligations sociales ne semble désormais plus à même de courber nos épaules, tant nous le portons partout avec nous. Nous obéissons sans prendre la peine de dire oui. La mort se paie en vivant, écrivait le poète depuis une autre tranchée.
On peut vivre sans passion et sans rêves – voilà la grande liberté que nous offre cette société. On peut parler sans freins, particulièrement de tout ce qu’on ne connaît pas. On peut exprimer toutes les opinions du monde, même les plus hardies, et disparaître derrière leur bourdonnement. On peut voter pour le candidat qu’on préfère, demandant en échange le droit de se lamenter. On peut changer de chaîne à chaque instant, au cas où il nous semblerait devenir dogmatique. On peut se divertir à heures fixes et traverser toujours plus rapidement des paysages tristement identiques. On peut apparaître comme de jeunes têtus, avant de recevoir des seaux glacés de bon sens. On peut se marier à volonté, tant est sacré le mariage. […]
Si on n’est pas capable de se décider, peu importe, laissons choisir les autres. Ensuite, on prendra position, comme on dit dans le jargon de la politique et du spectacle. Les justifications ne manquent jamais, surtout dans un monde qui les avale toutes.
Dans cette grande foire des rôles, on a tous un fidèle allié : l’argent. Démocratique par excellence, il ne regarde personne en face. En sa présence, toute marchandise ou service est dû. Quel que soit le détenteur, sa prétention a la force d’une société toute entière. Certes, cet allié ne se donne jamais assez et, surtout, ne se donne pas à tous. Mais sa hiérarchie spéciale unit dans ses valeurs ce qui est opposé dans les conditions de vie. Lorsqu’on en possède, toutes les raisons sont bonnes. Lorsqu’on en manque, les excuses ne sont pas moindres.
En s’exerçant un peu, on pourrait passer des jours entiers sans la moindre idée. Les rythmes quotidiens pensent à notre place. Du travail au « temps libre », tout se déroule dans la continuité de la survie. On a toujours quelque chose à quoi s’agripper. Au fond, la caractéristique la plus stupéfiante de la société actuelle est de faire cohabiter les « petits conforts quotidiens » avec une catastrophe à portée de main. En même temps que l’administration technologique de l’existant, l’économie avance dans l’incontrôlabilité la plus irresponsable. On passe des divertissements aux massacres de masse, avec l’inconscience disciplinée des gestes programmés. L’achat-vente de mort s’étend à tout le temps et tout l’espace. Le risque et l’effort audacieux n’existent plus ; ne restent que la sécurité ou le désastre, la routine ou la catastrophe. Rescapés ou naufragés. Vivants, jamais.
En s’exerçant un peu, on pourrait parcourir les yeux fermés le chemin qui va de la maison à l’école, du bureau au supermarché, de la banque à la discothèque. […]
L’heure est venue de rompre avec ce on, ce nous, reflet de la seule communauté qui existe actuellement, celle de l’autorité et de la marchandise.
Une partie de cette société a tout intérêt à ce que l’ordre continue de régner, et l’autre à ce que tout croule au plus vite. Décider de quel coté se trouver est le premier pas. Mais partout règnent aussi bien les résignés, véritable base de l’accord entre les deux parties, que ceux qui veulent améliorer l’existant, et ses faux critiques. Partout, y compris dans notre vie – qui est le véritable lieu de la guerre sociale –, dans nos désirs, dans notre détermination comme dans nos petites soumissions quotidiennes.
Il faut en venir à couteaux tirés avec tout cela, afin d’en arriver à couteaux tirés avec la vie même. »

texte intégral par ici

Herbe folle

Je pourrait affabuler, faire ma fière et déclarer avec un sourire satisfait que ce que j’ai fait je l’ait fait sans jamais hésiter, que la peur ne m’a jamais tiraillé mais ce serait mentir. Et en cette heure qui sonne comme ma dernière, je pense que je vous dois la vérité, la mienne en tout cas, celle des souvenirs que l’on brode au continue du fil de notre existence.
Je suis née dans une immense plaine agricole, de ces territoires à la géographie maîtrisée, à la nature étouffée. Je n’ai pas connu les guets mais les ponts, les jachères à la place des friches. Moi qui rêvait de rivière, de fleuve devait me contenter des canaux d’irrigation. Je m’endormais dans la civilisation et espérais me réveiller dans le sauvage, dans une préhistoire fantasmée, un monde qui m’aurait broyée encore plus sûrement que celui-là.
Si mon premier départ eu lieu avec l’internat, ce n’est qu’à la fin du lycée que je partis réellement. Je n’ait pas de réelle souvenir de la faculté, ce fut une période studieuse entrecoupée du plaisir charnel que trouvent les âmes déracinés quand elles se rencontrent.
La société avait fini par me trouver une place, un petit pot de 9h a 17h où je pourrais m’épanouir. Moi qui espérais un bocage redevenu sauvage, je me retrouvais enfermée dans une serre. Maintenant que je fais le bilan du passé, qu’à la lumière dérisoire des allumettes de la vieillesse j’explore les boyaux sombres de mes actions, c’est peut-être là que j’ai enterré mes illusions. Mais j’y voyais des graines, des arbres qui fendraient le béton, des herbes qui descelleraient le pavé. A défaut d’apporter la nature à la ville, j’avais changé le décor de mes songes.
Du spectacle désolant de la société contemporaine, j’ai voulu cesser d’être spectatrice. Quitter le public pour improviser, a la manière de ces enfants patauds qui une fois sur scène se rendent compte qu’ils n’ont rien à déclamer. Qu’importe puisque finalement, ce n’est pas les regards de la salle qui nous poussent, pas plus que la chaleur des projecteurs ne nous conduisent à y rester. L’envie qui m’a prise et qui aujourd’hui encore m’attire n’est pas celle du jugement ou de la célébrité, c’est une impulsion pour soi, une déclaration d’amour personnel. Je ne voulais plus jouer les médiatrices de mes propres désirs mais les accepter, les vivre. Toucher le présent comme on se caresse le corps.
La désertion m’apparaît aujourd’hui encore comme le plus beau des gestes, un refus si simple, si élégant. A vivre dans des casernes on finit par oublier qu’il existe un monde derrière les murs, qu’il y a de la poésie derrière les ordres, des corps nus sous les uniformes.
Maintenant que je viens chercher la mort, je me suis jamais sentie autant en sécurité. Quelque chose que j’ai fuit durant toute ma cavale et que j’accueille maintenant avec soulagement. Peut-être parce que malgré mes yeux qui me trahissent je vois frémir la végétation sous le bitume. Peut-être qu’au dernier acte de ma vie je comprend que ceux qui ne sont pas jugés par les tribunaux seront jugés par l’histoire.

Cultures de la sécurité

Pour contrer les craintes qui nous envahissent dès qu’on bouge d’un poil, pour ne pas virer dans la paranoïa, pour tenter d’éviter la répression, mieux vaut faire attention en amont et développer notre culture de la sécurité.

● Avant tout se taire. C’est valable pour toutes informations compromettantes liés de près ou de loin à une action : identité des personnes, lieux de réunions privée, plan d’action, méthodes…

● Ne racontez pas les actions (illégales) que vous ou d’autres avez réalisées, ni des choses qui vont, ou risquent d’arriver. Ne vous laissez pas aller non plus à des sous-entendus qui laissent tout entendre… Refusez de répondre aux questions de vos potes ou proches les plus intimes. Apprenez à accepter que les gens fassent de même avec vous. Prévenez les personnes avec qui vous partagez votre vie que des zones d’ombres vont exister et que votre silence n’est pas un manque de confiance mais une protection.

● Ne demandez pas aux autres de partager une info confidentielle dont vous n’avez pas besoin. Ne laissez personne vous parler de quelque chose qui vous fasse prendre des risques que vous n’êtes pas prêt·e à assumer.

● Avant de proposer une action, discutez et préparez-la en détail avec un·e complice, penser aux imprévus éventuels, définissez le ou les niveau de sécurité, ce qui vous emmènera à élargir le groupe ou non. Ne vous impliquez pas dans un projet ou avec des personnes que vous ne sentez pas.

☼ Sabotages, graffiti, collage incriminant…
1/ Seul·es celleux qui sont impliqué·es directement dans l’action ont vent de son existence. Inviter quelqu’un·e qui finalement ne participera pas est une prise de risques inutile
2/ Le groupe décide, au cas par cas, de dévoiler l’action à des personnes de confiance dont le soutien est nécessaire.
☼ Réunion de prépa d’un black bloc, nuit d’actions coordonnées, collage sans message répréhensible, bordelisation d’une conf’ (balance entre la prise de risque et le besoin d’affluence)… :
3/ Le groupe peut inviter à participer à l’action des personnes qui pourraient refuser mais qui savent se taire
4/ Les participant·e·s peuvent inviter d’autres personnes et les encourager à faire de même, tout en insistant sur la nécessité de garder l’information dans des sphères de confiance.
☼ Piratage de concert pour finir en marche « spontanée », contre manif, trollage divers… :
5/ Des « rumeurs » de l’action peuvent être largement répandues au sein de la communauté, mais pas l’identité des personnes à l’origine
☼ Rassemblement non déclaré contre un truc, concert de soutien…
6/ L’action est largement annoncée, tout en conservant un peu de discrétion, afin que les autorités les plus somnolentes n’en aient pas vent.
☼ Une manifestation autorisée, une projection de films… :
7/ L’action est annoncée publiquement par tous les moyens possibles.

● Il est important de s’organiser parce que l’on partage des envies, des engagements, des idées et pas parce qu’on a quoi que ce soit à prouver à soi ou à d’autres. La confiance se crée sur le long terme, elle est faite d’amitiés, de connaissance de l’autre et de pratiques communes. A quel point pouvez-vous compter sur les gens ? connaissez vous leurs points forts et leurs faiblesses, leur réaction à la pression, leurs expériences dans d’autres groupe ? jusqu’où peut-on retracer leur implication dans la communauté, quel est leur vie « à l’extérieur » ?

● Savoir aussi se faire confiance, se livrer, échanger des infos non compromettante sur soi. Soyer conscient.e et informez les personnes des risques que vous pouvez faire courir — involontairement ou non : contrôle judiciaire, mandat d’arrêt, fichage, sans-papier, problèmes ou limites quelconque (physique, mentale, environnement social…). Soit le risque est accepté collectivement, soit il est possible d’adapter l’action, ou alors il est plus raisonnable de savoir se retirer.

Dans le prochain numéro on verra un autre volet de la sécurité, se rencontrer, limiter les traces et les liens entre les personnes.

Largement pompé sur la brochure  : Cultures de la sécurité