Les petits colibris de l’extrême droite

Pour se diffuser les idées ont besoin de mots. L’extrême-droite, la droite, ou plutôt toutes les personnes ne reconnaissant pas l’existence des oppressions systémiques et ne luttant pas contre, mettent en place des termes pour véhiculer leurs idées de merde. On a vu fleurir le concept de théorie du genre, de cancel culture, d’islamo-gauchiste… On les retrouve dans les discours des policien·nes et relayé dans leurs médias. Mais malheureusement leur diffusion ne s’arrête pas là, et tels des petits colibris de l’extreme-droite, les mots et les idées sont reprises dans tous le spectre politique, chacun·e faisant sa part pour les rendre acceptables. La droite n’est pas en reste, elle reprend à sa sauce des concepts (l’affiche « liberté » de marine le pen) et revisite l’histoire sans aucun problème (théories révisionnistes en plus des faits habituellement passés sous silence). Il n’y a plus de vérité des faits, les mots sont vidés de leur sens et des théories improbables sont acceptées. Dans cette confusion ambiante, il nous parait important de ne pas céder à cela et donc de ne pas accepter des discours confus peu importe d’où ils viennent.

La cancel culture est une expression fourre-tout, inventée par la droite américaine pour disqualifier certaines revendications en matière de justice sociale. C’est un ensemble de réponses à l’impunité des dirigeants et à l’effacement des dominations. Et pourtant la cancel culture fait aussi peur à gôche (charli hebdo par exemple qui a peur de la censure populaire). Quand les personnes qui se font marcher dessus décident de dénoncer et d’agir sans avoir recours au système judiciaire que l’on sait complice des gens de pouvoirs, c’est la panique. Quand on boycotte le film d’un violeur ou qu’on toy un graff qu’on trouve nase, c’est la panique. Quand on veut dégager une statue de colon esclavagiste, c’est la panique. Que ce soit sur internet ou dans la rue ces « annulations » sont un moyen d’action face aux puissan·es.
L’acheter français gangrène certains cerveaux. Derrière ces mots n’y a-t-il pas des relents de protectionnisme nationaliste. Le silp français n’est-il pas produit par des travailleureuse francais·es exploité·es. L’usine en france n’est pas plus reluisante que celle en pologne. On a envie de crier au PCF que sont des exploité·es où qu’ielles soient.
Le mot migrant.e a remplacé sans papier. Une manière de reporter les problèmes sur leur passage alors que ce qui est merdique ce sont ces frontières étatiques et ces bouts de papier appelé carte d’identité qui te donne des avantages de passage ou te relègue dans les marges.
La théorie du genre, est une expression créee pour décrédibiliser la prise en compte du genre dans la sociabilissation des gosses. Attention à vous, la « théorie du genre » va transformer les filles en garçons et les garçons en filles, avec une idée très précise de ce qu’est une fille ou un garçon (entre les deux rien n’existe évidement !). Comment un concept comme celui là a pu se retrouver au programme d’une discussion à la grotte, à poitiers, un lieu ou les personnes se reconnaissent plus dans les squatteureuses que dans les huissiers ? Une des luttes de la manif pour tous est crédibilisée dans le milieu libertaire et se diffuse tranquillou, sans questionnement sur l’origine de cette théorie fumeuse.

Les mots engendrent la mise en place de pratiques. Cela amène souvent à des phénomènes d’exclusions, de rejet et de stigmatisations des minorités.
On peut parler du courant « féministe » TERF (trans exclusionary radical feminism), qui ne se revendique pas toujours ouvertement sous cette appellation, mais qui, par des pratiques et des oublis volontaires excluent les meufs trans des luttes féministes. Radicale oui, dans certaines de leur action, mais pour nous la radicalité, c’est de lier toutes les luttes et les causes des oppressions. Les TERFs basent les oppressions sexistes sur le vécu d’un corps féminin stéréotypé (reproducteur, avec des organes génitaux femelle binaire) et invisibilisent le sexisme vécu par les trans. Nous pensons que le sexisme est lié au genre que nous performons, perçu par la société. Que ce soit des féminismes aux anarchismes, n’importe qui se doit de se questionner sur, qui iel oubli, qui iel stigmatise.

Sur cette question de l’oubli, il y a une marge de tolérance face à des personnes n’ayant jamais été confrontée ces questions. Seulement, jusqu’où va l’ignorance ? Nous ne pensons pas que les Terf oublient, car elles se confortent dans cette exclusion, nous ne pensons pas que les anti-tec actuels comme PMO oubli que leurs propos sont validistes et sexistes, car cela leur a déjà été dit et que rien ne change dans leurs discours, nous ne pensons pas que les habitants légalisés et propriétaires de l’ex-zad de nndl est oubliés dans la lutte les personnes faisant le choix (ou étant contraint) d’occuper illégalement. L’oubli a bon dos pour mettre des questions de côté ou des gens, des choses que l’on trouve plus facile d’omettre, car cela colle mieux à des théories ou parce que cela facilite des pratiques.

On trouve ça dégeux de piocher tranquillement ce qui nous arrange ou des idées créées par la droite et de s’opposer farouchement à d’autres, c’est comme s’il y avait les mots de haines tolérables et ceux qui ne le seraient pas. Et donc on continuera à s’opposer à tous ces discours, à toutes les personnes qui les diffusent, qu’ielles brandissent un drapeau noir, rouge, violet ou bleu/blanc/rouge.

Antifascisme et anarchisme

Il y a des mots qui tout de suite provoquent une succession d’images et de réactions épidermiques. C’est le cas du terme « fasciste ». Car voilà, le fascisme, c’est les camps, les prisons, les disparitions, les cadavres dans les rues ou dans les fours.
Alors tout le monde se dit antifasciste. Des cadres des partis aux syndicalistes, des petits patrons aux dernières des exploité·es. Et tous ensemble, ielles peuvent marcher en criant « Plus jamais ça ». Parce qu’ielles voient le fascisme comme une sorte de mal absolu surgissant du néant. Comme quelque chose en rupture profonde avec ce qui est déjà en place.
Mais le fascisme n’est pas une monstruosité historique, c’est le point le plus extrême des systèmes de domination qu’est cette société. Un antifascisme qui reconnaît ce fait, redevient subversif car il amène à remettre en question la situation actuelle. C’est un antifascisme dont ne peuvent pas se réclamer la fRance insoumise (qui veut construire plus de prisons) ou EELV (pour un capitalisme bio).

Le fascisme, c’est aussi une solution de repris des élites capitalistes face aux risques de révolution sociale. Hier c’était la famille Krupp, propriétaire d’une importante entreprise de la métallurgie, qui finançaient le parti nazi et profitaient du travail forcé des prisonniers du nazisme. Aujourd’hui c’est la famille Bolloré qui diffuse les idées fascistes à travers les médias qu’elle possède (dont Cnews) et qui exploite les travailleureuses en afrique grâce à ses liens avec les pouvoirs locaux. S’attaquer aux idées d’extrême-droite nécessite de s’attaquer à celleux qui les financent, les soutiennent et en tirent profit, donc aux capitalistes.

Le fascisme est la continuité du capital mais aussi de l’état. L’état fasciste n’est pas une création surgi du néant mais la perpétuation en plus violent et plus autoritaire de la structure précédente. L’avortement était déjà illégal quand le régime de vichy décida de le punir par l’assassinat d’état. Qu’il s’agisse d’Hitler et de Mussolini, ce sont bien les institutions des « démocraties » qui les ont amenés au pouvoir.

Parce qu’ils s’inscrivent dans une continuité, les états fascistes ne sont jamais détruits, d’autres structures de pouvoir viennent se greffer par-dessus. La police nationale, la carte d’identité ou encore l’ordre des médecins ont été mis en place sous le régime de vichy. Tous les flics, juges, matons et fonctionnaires collaborateurs n’ont pas reçu le paiement en plomb qu’ils méritaient lors des pseudos-libération. Prenons Maurice Papon, il put tranquillement organiser la déportation des juifs sous le régime de Vichy puis sous les 4e et 5e république, c’est l’organisation du contrôle et des massacres d’algériens qui deviendront son gagne-pain.

De l’état démocratique au fascisme, c’est un continuum. Les états « démocratiques » sont des terreaux du fascisme parce qu’ils entretiennent le nationalisme, colonialisme, autoritarisme et patriarcat. Les Centre de Rétention Administrative (CRA), véritables prisons pour étrangers, sauront se transformer sans problème en camps. Les troupes coloniales qui sévissent par-delà le monde n’hésiteront pas pour venir montrer en métropole l’étendue de leurs sévices. Quant aux policiers, avec plus de la majorité qui votent pour l’extrême-droite, ils ne cessent de montrer toute leur cruauté dans les campements des exilé·es, dans les CRA, dans les ghettos urbains et les manifestations.

La démocratie tolère très bien le fascisme en son sein. Les bars et clubs fascistes ont pignon sur rue et sont protégés et fréquentés par la police. Comme l’Alvarium à Angers ou la citadelle à Lille. Depuis quelques mois, mais de l’autre côté du Rhin, ces lieux de rencontre et d’organisation sont détruits par les flammes, du restaurant au manoir en passant par les clubs de sport et les bars.

L’action antifasciste doit viser à détruire le terreau même dans lequel le fascisme se développe. Le meilleur moyen de se battre contre les camps et prisons de demain, c’est de commencer par détruire ceux d’ajourd’hui. C’est dès maintenant qu’il faut détruire la famille, la patrie et le travail.