Gloire aux déserteurs

C’est un bloc de béton au milieu d’un petit parc. Un bloc de béton “à la gloire des coloniaux du poitou” en lettres en fer forgé. Mais voilà certaines mains un peu farceuses ont décidé de retirer “coloniaux”. Alors que c’était l’occasion pour la mairie de poitiers de se débarasser du reste, celle-ci a décidé de dépenser de l’argent pour continuer la valorisation des massacres coloniaux.
Ici le massacre en question, c’est la guerre d’Indochine (1946-1954) qui s’ouvre avec l’extermination de plusieurs milliers de civils vietnamiens à Haïphong lors du bombardement de la ville par l’armée française. Plusieurs milliers de noms qui manquent dans la liste des morts pour la domination coloniale sur les plaques vissées au monument.
Voilà une part de l’histoire qui est oubliée bien complaisament, celle de comment les troupes de “libération » sitôt la 2nd guerre mondiale terminée se sont embarquées dans une guerre de reconquête coloniale.
Et voilà un monument qui bien décidément peut être réduit en ruine sans risque de victimes.

par ici la carte des honorations d’oppresseurs à Poitiers et alentours :

 

https://umap.openstreetmap.fr/fr/map/recensement-des-honorations-doppresseurs-a-poitier_471271

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Squatter ou sauver, il faut choisir.

“Squatter ou sauver” nous plonge dans la vie d’un squat d’habitation et de lutte anarca-féministe-queer-antirasciste en non-mixité. Cela nous montre comment derrière ces mots, il existe plusieurs réalités. Comment squatter peut être récupéré pour faire dans l’humanitaire, comment l’auto-organisation ne va pas de soi et que la lutte peut être un effet de mode surtout esthétique.
À la base du problème notamment, un manque de définition des positions politiques claires pour le lieu et pour toustes. Même s’il y a eu des tentatives pour le faire au départ et en cours de route, la volonté de voir se réaliser ce projet a dépassé les doutes de chacune et tue les conceptions inconciliables de ce que sont les luttes féministes, queer et anti-raciste/décoloniale.

De cette expérience il ressort trois figures récurrentes que l’on peut transposer à d’autres luttes, si si vous les avez déjà croisées. Il y a l’ »associative », la “sauveuse” et la “radicale”. Les associatives consomment le squat comme un lieu alternatif dans un but individualiste et libéral, en oubliant régulièrement toutes les questions de sécurité. Pour elles, l’auto-organisation est soit impossible soit se fera magiquement et tout ira bien, sans penser une seule seconde que du “chaos renaît l’ordre, celui que l’on redoute, celui qui se met en place insidieusement, celui contre lequel on lutte” (coucou le féminisme blanc-bourgeois-cis-het).
Les sauveuses pensent le squat comme un moyen de pallier au manque de l’état, pensent en terme de quantité, d’hébergement de masse et d’urgence et d’intégration des personnes notamment les habitantes migrantes (coucou les gauchiasses rascistes-maternalistes). Ça efface totalement que le squat est un espace de lutte et d’émancipation vis-à-vis du pouvoir, en tout cas celui-là – car il y en a tout un tas dont les institutions se servent officieusement, ne l’oublions pas.
On en arrive aux “radicales”, celles qui veulent poser des mots, clarifier, discuter de fonctionnement, d’idéologies, de conflits. Qui s’épuisent à vouloir que toustes s’auto-forment et se remettent en question.

Le zine parle aussi des conflits, des agressions, des dynamiques affinitaires, de la safeitude, bref un sale tableau pour nous dire que nulle part, on est exempt d’oppressions systémiques et d’individualisme libérale. Partager les mêmes oppressions ne suffit pas à rassembler des individus dans une lutte. Cela ne prend pas en compte comment les personnes veulent lutter, pourquoi et avec qui. Prenons-le comme une piqûre de rappel pour tenter d’éviter de tomber dans les mêmes travers.

A lire sur :

https://paris-luttes.info/zine-squatter-ou-sauver-comment-le-14817?lang=fr

ou en cliquant ici : sauver-squatter

Une page d’histoire

Dans le centre ville de poitiers, juste à côté des jardins des droits de l’homme se trouve la médiathèque mitterand. Mais quels sont les extraordinaires exploits qui ont conduit à ce qu’on nomme, seulement quelques mois après sa mort, un bâtiment à son nom ?

Né en 1916, françois mitterand s’engage à partir de 1934 dans les volontaires nationaux, un groupement de jeunesse nationaliste. Les volontaires nationaux seront dissous en 1936 avec d’autres organisations nationalistes et fascistes, 2 ans après leur participation à la tentative avortée de prise de pouvoir par l’extrême-droite en février 1934. En 1935, il participe à la manifestation de l’action française contre l’exercice de médecins étrangers en fRance sous le mot d’ordre de l’opposition à «_l’invasion métèque ». L’action française est une organisation royaliste violente, nationaliste, antisémite, raciste et catholique, encore active aujourd’hui. L’actuel ministre de l’intérieur, gérald darmanin a notamment publié des articles dans un mensuel royaliste proche de l’action française, politique magazine (voir « Séparatisme : darmanin était lié à un groupuscule royaliste et pétaniste », Nantes révoltée, 04/02/21).
En 1938, françois mitterand se porte ensuite volontaire dans l’infanterie coloniale pour son service militaire. Il l’effectuera au sein du 23e régiment d’infanterie colonial.

Après avoir rejoint le régime du maréchal pétain, dont il est sympathisant, il rejoint au cour de la 2nd guerre mondiale des groupes de résistance avant d’entrer en clandestinité et de quitter le sol français. Devenu président, il refusera de présenter des excuses au nom de l’état français pour la participation active de celui-ci au génocide des juifs, des tsiganes ainsi qu’aux massacres nazis visant notamment les personnes handicapé·es, LBGTQI+ ou autres.
En 1945, il se servira de son prestige issu de la résistance pour protéger Eugène Schueller, propriétaire de l’oréal. Mais Schueller est aussi un des financeurs de l’organisation terroriste fasciste la cagoule, un auteur d’articles antisémites et un fondateur de partis fascistes durant la collaboration. Schueller saura remercier Mitterand comme il se doit en lui offrant la direction des éditions du rond-point.
Après diverses élections et poste de ministre, il devient en 1954 ministre de l’intérieur. En pleine guerre d’indépendance algérienne (1954-1962), il s’oppose à l’indépendance algérienne et déclare «_L’Algérie, c’est la France … ceux qui veulent l’en dissocier seront partout combattus et châtiés ». En 1956, alors ministre de la justice, il défend le projet de loi donnant les pleins pouvoirs à l’armée et qui légalisera les tortures et massacre commis par les parachutistes de jacques massu l’année suivante. Durant les 1 ans et 3 mois au ministère de la justice, 45 militants algériens sont guillotinés, notamment grâce aux lois qu’il a lui même signé et qui permettent de guillotiner à tour de bras les indépendantistes.

Si depuis le début, la vie de françois mitterand est marqué par ses idées racistes et colonialistes, c’est dans les années 90, alors qu’il est président de la fRance qu’il participera au pire. Cette horreur, c’est son implication personnelle dans génocide des tutsis au rwanda (800 000 à 1 000 000 de tué·es). Car c’est depuis le palais de l’élysée qu’a été décidée et mise en place une politique française de soutien aux génocidaires. Que ce soit avant, pendant ou après, l’état français a déployé tous les moyens possibles. Des formations militaires aux livraisons en passant par l’envoi de troupes en renfort sans compter de reprendre le discours extrêmement haineux des extrémistes hutus. Un soutien qui n’a jamais véritablement cessé que ce soit avant, pendant et après le génocide. Ainsi les livraisons d’armes continueront alors même que le génocide a commencé.

Du service militaire au génocide rwandais, mitterand aura été un membre actif de toutes les horreurs coloniales. Voilà l’homme qu’on nous montre en exemple : un nationaliste, un colonisateur, un collaborateur, un génocidaire. Voilà un des visages du plus froid des monstres froid : l’état.


par ici la carte des honorations d’oppresseurs à Poitiers et alentours :

https://umap.openstreetmap.fr/fr/map/recensement-des-honorations-doppresseurs-a-poitier_471271

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Des médias dépendants

Suite à l’assassinat de Georges Floyd aux Etats-Unis et aux manifestations contre les violences policières appelés notamment par le comité Adama, cette question des violences policières refait son apparition dans les médias en France au mois de juin. Tout le monde en parle, et des expressions comme « violence systémique » et « racisme structurel » pour qualifier les keufs existent dans les médias.
Mais cela ne dure pas. Début juillet, Darmanin devient ministre de l’intérieur et reprend la défense aveugle des bleus, tout en parlant « d’ensauvagement », terme piqué à l’extrême droite, pour remettre en avant la fable de l’insécurité galopante. Et les journalistes suivent. Alors qu’en juin, des habitant·es racisé·es des quartiers populaires interviewés demandent justice, un mois plus tard d’autres demandent plus de police. L’ordre est rétabli.

Mais comment passe-t-on, en quelques jours, d’une situation médiatique à son contraire ? Rapide analyse et critique des médias en France.

Le secteur de la presse est dans les mains des plus riches et des plus puissants. Selon des chiffres de 2017 publié par bastamag1, huit milliardaires et deux millionnaires se partagent les principaux médias, qui représentent 90 % des quotidiens nationaux vendus chaque jour, 55 % des parts d’audience télé et 40 % de celles des radios. Parmi eux citons Bernard Arnault, à la tête du groupe de luxe LVMH, et patron des Echos et du Parisien, Patrick Drahi, principal actionnaire de SFR et à la tête de Libération, L’Express, BFM-TV, RMC, Martin Bouygues, PDG du groupe de construction et de télécomunication Bouygues, dont fait partie le groupe TF1. En plus, les principaux revenus de la presse proviennent de la publicité, et donc des grands groupes capitalistes.

Pour travailler dans ces rédactions, il ne faut donc pas fâcher les financeurs. Mieux même : il faut leur plaire. Et ça se ressent dans le choix des journalistes mis en avant, aussi appelé éditorialistes. Ce sont toujours les mêmes, qui passe d’un média à l’autre sans problème, grâce à leur docilité, leur idéologie mortifère, et leur défense des puissant·es. Deux exemples, pas avares pour défendre les puissants et dénoncer les plus faibles : Nicolas Demorand est notamment passé par Libération, Europe 1, RTL, France 5, Canal + et France inter. Natacha Polony est elle entre autres passée par France 2, Canal +, Europe 1, France inter et Marianne. Les autres journalistes doivent bien souvent garder leurs idées dans leur poche et s’adapter à la ligne éditoriale édictée.

Les puissant·es à la tête de ces médias les gèrent comme leurs autres entreprises : à coup de suppression d’emplois et de hausse de productivité. Cette industrialisation entraîne une uniformisation des sujets : tout le monde parle de la même chose, tout le monde interroge les mêmes personnes, tout le monde a les mêmes les mêmes angles et points de vue : réactionnaire et dominant. Et les personnes ne voulant pas s’adapter doivent partir, comme le montre ce qui s’est passé à Itélé (aujourd’hui CNews) en 2016, suite aux changements consécutif à rachat du groupe Canal+ par Bolloré : 100 journalistes sur 120 ont démissionné.

La concentration des médias aux mains d’une oligarchie, ainsi que la monopolisation de la parole par les éditorialistes, porte-voix de leur maître·sses, a pour conséquence une droitisation toujours plus poussée de la presse. A tel point que les élus du rassemblement national, constamment invités à s’exprimer par tous les médias, apparaissent presque comme les personnes les plus modérées sur les plateaux de CNews ou LCI.

En juin, à la sortie du confinement, les violences policières sont un sujet mondial. Les manifestations se multiplient partout aux Etats-Unis et un peu partout dans le monde, dont en France. Les journalistes sont obligés de s’emparer du sujet. Iels le font à leur manière, en faisant mine de s’interroger, et adoptent tou·tes le même angle : celui de la comparaison avec la situation étasunienne, pour en conclure qu’en France, ça n’a rien à voir. On a pu y voir une brèche, la suite nous a refroidi. Le terme ensauvagement s’installe au ministère de l’intérieur, qui ordonne une opération de police à Grenoble sur la base de vidéos extraites d’un clip de rap. Parce que l’insécurité n’augmente pas vraiment, il faut agir au nom du sentiment d’insécurité, véhiculé par les médias. La boucle est bouclée, le serpent se mord la queue.

Le champ médiatique est verrouillé. Il n’y a rien à attendre des grands médias, dont le seul but, en plus d’engranger les profits, est de justifier et faire perdurer le capitalisme et les autres systèmes de dominations.

1/ https://www.bastamag.net/Le-pouvoir-d-influence-delirant-des-dix-milliardaires-qui-possedent-la-presse (retour au texte)

Le musée des horreurs

La ville dans laquelle nous rôdons n’est pas un espace neutre. Il a été pensé et mis en œuvre par et pour les dominant.es. Cet espace, c’est l’occasion pour celles et ceux qui prétendent nous diriger de mettre en scène leur mémoire, à travers les noms des rues, les statues, les monuments, les noms des institutions. Une longue liste de bourreaux qu’on souhaite nous faire passer pour des héros. Comme Christophe Colomb, un esclavagiste violeur et génocidaire qui à droit à plusieurs rues l’honorant, pas loin du pôle emploi du Grand-Large. Ou à Pierre de Coubertin, supprémaciste blanc et fervent partisan de la colonisation. Sans oublier évidemment Jules Ferry, autre colonisateur acharné. Pour permettre à chacun.e de découvrir ce musée des horreurs racistes, coloniales et antisémites, nous avons mis en ligne une petite carte :
https://umap.openstreetmap.fr/fr/map/recensement-des-honorations-doppresseurs-a-poitier_471271

N’hésitez pas à nous envoyer les horreurs que vous souhaitez voir ajouter ainsi que vos remarques.