Contre le citoyen !

C’est la figure de l’humain responsable de ce 21e siècle. Il coupe l’eau quand il se brosse les dents, roule en hybride ou électrique et n’oublie bien sûr pas d’aller voter. Il délègue son initiative et ses envies à des partis et des élus, à travers un petit bout de papier dans une enveloppe. Il délègue ses conflits à la police et aux tribunaux. Il confie sa santé aux blouses blanches et l’éducation des enfants aux bagnes scolaires. Et si jamais il dévie trop des normes, il acceptera volontiers de prendre médicaments et séances de psy autant qu’il le faudra pour retourner au travail. Il se plaint de ses chef·fes sans jamais se demander s’il ne porte pas aussi le costume du maître.
Car le citoyen est une créature raisonnable. Il rêve de changements, mais à travers pétitions et élections. La catastrophe climatique le fait stresser mais pas assez pour qu’il renonce à la viande. Le fascisme lui fait horreur mais tout de même pas au point de se réjouir que des meetings de zemmour soient annulés grâce à des jets nocturnes de cocktails molotovs. Il se rêve en être éclairé mais n’est que le pâle écho de sa propre résignation.
Peut-être que dans ses rêves il détruit les bastilles devant lesquelles il s’agenouille au quotidien. Peut-être qu’alors qu’il accomplit ses allers et retours au travail, sa tête fourmille d’idées que l’on ne verra jamais à la télé, que l’on entendra jamais sur france inter. Mais tout cela on ne le saura jamais, puisque le citoyen ose tellement pas faire entendre sa voix, qu’il se contente de la donner à d’autres. Le citoyen n’est pas le créateur de la démocratie, mais le produit. Il est cet être privé de tout, du droit de choisir son nom à celui de vivre sans chefs, qui croit éternellement recevoir ce qu’il n’ose que demander.
Le citoyen est l’aboutissement d’un processus pensé, conçu et réalisé sous nos yeux et sur nous-mêmes. C’est une multitude d’injonctions et dispositifs qui nous privent de la capacité de penser et d’agir sur la réalité. De la sonnerie de l’école aux patrouilles de police, des panneaux publicitaires à la numérisation de nos vies. Et si les outils numériques donnent l’impression de l’augmentation de la vitesse de ce phénomène, cela fait bien longtemps qu’il est en cours. Les outils facilement réparables et appropriables sont devenus des machines complexes nécessitant des spécialistes pour s’en servir et les entretenir. Les ateliers sont devenus des usines. Les discussions publiques des parlements.
Tout cela nous transforme en une multitude de spectateur·ices isolé·es, dépossédé·es d’initiatives. On regarde les forêts brûler en regrettant que ce ne soient pas des palais, on regarde des violeurs être absous par les tribunaux sans savoir où se mettre, les crimes racistes se multiplier sans aider les migrant.es, l’eau se raréfier la gorge sèche, on reproduit les dominations dont on profite sans les combattre,on pense à la guerre en traversant les zones industrielles où elle se fabrique…
Mais il est possible de faire autre chose que de choisir parmi les nuances de fin du monde que l’on nous propose. Il est possible de tracer un autre chemin. De tenter de se rapproprier ce dont l’on nous prive, de détruire ce qui nous nuis. D’apporter dans ce monde, par de multiples moyens, une partie du nôtre. Et définitivement cessés d’être des citoyens.

Technopolice

Depuis septembre 2019, la campagne Technopolice tente de révéler le vrai visage de la « Smart City », celui d’une mise sous surveillance totale de l’espace urbain à des fins policières.
Par le biais du site technopolice.fr et de rencontres organisées par des symathisant.es, les dérives de la smart city sont documentées et des résistances organisés. Sur le site Technopolice il est possible de transmettre des infos pour recenser les nouvelles technologies policières installées dans nos villes, d’alimenter la carte de repérage, de discuter sur un forum, d’avoir des outils et des pistes pour faire avancer les choses. Le site technopolice.fr et earsandeyes.noblogs.org répertorient également les entreprises complices de cette surveillance généralisée.
Avec la quadrature du net iels tentent la voie légale, en lançant une plainte collective contre le ministère de l’intérieur pour demander l’arrêt de quatre dispositifs de surveillance : les caméras, les logiciels de détections de comportements, les fichiers de police enregistrant nos visages (TAJ et TES), l’utilisation de la reconnaissance faciale. Ça fait rêver.