Étude de cas : Animal1st

Réalisé par le Collectif Anti-Rep de Poitiers et Environ (lacarpe.noblogs.org)

Le 28 janvier 2022 se déroulait le procès de neuf militant·es antispécistes de l’association Animal 1st, perquisitionné·es en même temps en juin 2021. Ielles étaient accusé·es de_: tags sur des exploitations agricoles entre 2019 et 2020, de sabotages de miradors de chasse et d’avoir évité à sept agneaux de finir en repas.
L’affaire est le produit de deux ans d’enquête par la cellule Déméter de la gendarmerie. Une cellule crée dans le but explicite de défendre l’élevage, la chasse, les pesticides et la monoculture. L’alliance concrète de la FNSEA et de l’état.
Ce que nous proposons ici, c’est de partir des techniques utilisées par la police et de partager les connaissances permettant de se protéger. Nous nous basons sur une synthèse, sûrement incomplète, des informations sorties dans la presse.

Bornage des téléphones :

Visiblement la gendarmerie a déployé les grands moyens puisqu’elle a analysé les bornages télé-*phoniques sur les lieux des tags. Vu que les cibles sont des exploitations agricoles, il ne devait pas y avoir grand monde, facilitant d’autant le recours à cette technique.
Pour éviter ce genre de désagrément, lorsque l’on part en action on laisse son téléphone/smartphone chez soi ou l’on utilise un téléphone jetable avec une carte SIM anonyme dont on se débarrasse après l’action.

Identification de l’ordinateur :

Les gendarmes ont été aussi capables de montrer que les photos des tags avaient été diffusées depuis les ordinateurs de certain·es accusé·es. On ne sait pas si cela s’est fait à partir de l’adresse IP (chiffre unique correspondant à chaque accès internet), l’adresse MAC (chiffre unique correspondant à chaque ordinateur/tablette/*smartphone), les métadonnées des fichiers ou autres.
Pour ce protéger de cela on peut utiliser le système d’exploitation Tails. Grâce à l’utilisation du réseau TOR, notre adresse IP demeure inconnu des sites sur lesquels on se connecte. Tails modifie aussi notre adresse MAC afin de nous rendre anonyme. De plus Tails permet facilement et rapidement de supprimer les métadonnées de documents : photos, vidéos, document texte, pdf…
De plus, utiliser un ordinateur sous Linux en chiffrant *le contenu du disque dur empêche la police d’accéder aux informations qu’il contient.

Preuves matériels :
Lors de la perquisition à leurs domiciles, des carnets contenant des cibles potentielles et slogans tagués sur les élevages ont été retrouvés.
Il est important de se débarrasser des preuves matérielles qui nous lient à des actes répréhensibles. Attention aux doubles « fantôme », imprimés sur les surfaces où vous avez écrit, qu’il s’agisse d’un bureau en bois ou de blocs de papier.
Il aurait été aussi possible de garder ces informations dans un document numérique chiffré. Par exemple dans la section « persistante » d’une clé Tails. Que l’on peut supprimer définitivement en utilisant l’option « écraser » dans tails.
Les flics ont aussi réalisé des moulages des empreintes de bottes et des analyses des peintures des tags mais on ne sait pas si ils en ont fait quelque chose.

Protocole garde à vue :

Face aux juges, les accusé·es n’ont reconnu leur participation à aucun des faits tout en défendant la justesse des actions dont ielles étaient accusées. De plus ielles ont visiblement gardé·es le silence en garde à vue. C’est une ligne de défense efficace que nous vous conseillons de suivre.

Surveillance :
Les antispécistes ont été l’objet d’une surveillance policière particulière_: filatures, épluchages de relevé téléphoniques, des comptes bancaires et des aides sociales. Il est important de développer une véritable culture de la sécurité, de privilégier les échanges anonymes ou à l’oral et d’utiliser de l’argent liquide pour les achats de matériel.

Conclusion
L’état a déployé les grands moyens pour condamner ces personnes et chercher ainsi à affaiblir un mouvement antispéciste qui prend de plus en plus d’ampleur. Mais malgré les moyens déployés par la répression, la mise en place de certaines pratiques de sécurité auraient compliquée voir rendu impossible la tâche de la répression. N’oublions pas que le temps que les flics passent sur une affaire, c’est autant de temps qu’ils ne passent pas sur d’autres.

La pelleteuse

Parfois les pelleteuses s’enflamment, comme en juillet 2021 à Saint-Sauvant, retardant ainsi le démarrage d’un chantier de bassines. Parfois, comme le 22 juillet 2019 à Bouresse, elles se renversent et tuent. Ce jour là, un ouvrier est mort écrasé par une chenille de la pelleteuse lors de l’effondrement du tas de gravats sur lequel il était avec deux de ses collègues. Mais la responsabilité de sa mort repose surtout sur l’avidité de son employeur, Pierre Barrier (dirigeant de la coopérative STPR de Pleuville). En effet, celui-ci a confié le travail de démolition à des personnes non formées malgré les dangers évidents. De plus cet exploiteur n’a pas respecté les règles de sécurité minimales, ment pour se couvrir et fait porter la faute à la victime de sa cupidité. « On aurait pu avoir trois morts, constate la procureure. Il faut envoyer un signal fort aux employeurs. » en demandant 10 mois de prison avec sursis lors du procès en correctionnel le 10 mars 2022.

Le 25 mars, une personne qui avait siphonné le réservoir d’un autobus reçoit 4 mois de prison ferme lors de son passage devant le tribunal correctionnel.
Ces deux affaires mises en parallèles nous rappellent que dans la guerre social, celle où nous comptons nos morts en espérant voir exploser en vol leurs jets privés, l’état est un ennemi au même titre que la bourgeoisie.
Les 1 100 personnes qui meurent chaque année au travail et les nombreuses autres dont le corps est irrémédiablement détruit ne sont pas victimes d’accidents. Elles sont les victimes d’un système où la richesse des uns se construit sur les cadavres des autres, des mines d’uranium au niger aux usines de confection en thaïlande. Et si nos pratiques illégales de survie sont si sévèrement punis, c’est bien pour nous contraindre à gâcher nos vies pour les profits de la famille mulliez ou autres capitalistes.

Mais les anarchistes ne votent pas ?

Texte d’Alfredo M. Bonanno publié la première fois en italien dans le n°29 de Canenero *(2 juin 1995). Traduit et publié en français par le site Attaque en mars 2017.

Se dire anarchiste veut dire beaucoup, mais cela peut aussi ne rien vouloir dire du tout. Dans un monde d’identités faibles, quand tout semble s’estomper dans le brouillard de l’incertitude, se considérer anarchiste peut être une manière comme une autre de suivre un drapeau, rien de plus.
Mais parfois l’anarchisme est une étiquette inconfortable. Il peut te mettre des questions dans la tête, auxquelles il n’est pas facile de répondre. Il peut te faire remarquer les étranges contradictions de ta vie_: le travail, le rôle que la société t’a imposé, le statut auquel toi-même tu participes, la carrière à laquelle tu n’arrives pas à renoncer, la famille, les amis, les enfants, le salaire en fin de mois, la voiture et la maison dont tu es propriétaire. […]
Si quelqu’un pose des problèmes, pas tellement avec sa langue plus ou moins acérée, mais avec les choses qu’il fait, en mettant en danger cette position rassurante, cette sensation de protection, de se sentir comme chez soi, alors nous le rappelons à l’ordre, en lui listant au grand complet les principes de l’anarchisme, auxquels nous restons fidèles. Et, parmi ceux-ci, il y a celui de ne pas aller voter. Les anarchistes ne votent pas, sinon quels anarchistes seraient-ils ?
Tout est bien clair et lisse. Et pourtant, notamment ces derniers temps, ont été avancées des objections, des perplexités.
Quelle signification y-a-t-il dans le fait de ne pas aller voter ? Il existe une signification, ils ont répondu en chœur, spécialement parmi les plus âgés. Parce que voter c’est déléguer et les anarchistes sont pour la lutte directe. Joli, dirais-je, très joli.

Mais quand cette lutte consiste seulement dans le fait de témoigner de ses principes (donc également son abstentionnisme), et rien de plus, quand cela consiste dans le fait de se retirer en étant mal à l’aise quand quelques compagnons décident d’attaquer les hommes et les réalisations du pouvoir, ou bien consiste dans le fait de rester silencieux face aux actions des autres, quand c’est cela la lutte, eh bien, alors autant aller voter.
Pour ceux qui considèrent l’anarchisme comme le tranquille gymnase de leurs opinions (et de celles d’autrui) sur un monde qui n’existe pas – et n’existera jamais – tandis que pour eux les jours se suivent l’un après l’autre dans la grisaille monotone des matins tous identiques, des gestes tous identiques, des travaux, affects, hobbies et vacances tous identiques, pour ces derniers, quel sens y-a-t-il à s’abstenir, si ce n’est de réaffirmer, à peu de frais et avec assez de clarté, leur identité anarchiste ? Cependant, à bien y regarder, si leur anarchisme est seulement cette enseigne poussiéreuse et ridicule, dans un terrain de certitudes monotones et escomptées, il vaut mieux se décider à aller voter. Leur abstention ne signifie rien.
Ils pourront sans problèmes voter aux présidentielles, et aussi aux élections locales. A bien y réfléchir, ils pourront ainsi choisir de défendre un morceau de démocratie qui, à bien y regarder, est toujours mieux qu’une dictature qui remplirait les stades et les camps de concentration, dans l’attente de dresser des listes de proscription.[…] On ne rigole pas avec certaines choses, mieux vaut courir voter, spécialement dans une période dans laquelle des millions de personnes ne semblent pas comprendre la valeur des élections. L’abstention à des millions n’a plus de sens anarchiste, […]
Il reste de nombreux autres anarchistes. Il reste ceux pour lesquels leur anarchisme est un choix de vie, pas une conception à opposer, dans un tragique et insoluble oxymore, aux mille problèmes d’apparence que la société codifie et impose.
Pour ces compagnons, l’abstention est seulement une des nombreuses occasions de dire « non ». Leur action anarchiste se réalise dans bien d’autres faits et ce sont justement ces faits qui donnent une lumière et une signification différente à cette façon de dire « non ».

« Il pleut des lames sur les bassines »

Deux bassines ont été sabotées (découpage de la bâche d’étanchéité) en ce début mars. Simon Baille-Barrelle et Luc Tomowiak, propriétaires d’une des bassines ciblées (située au lieu-dit Les Bouilleaux, à Nouaillé-Maupertuis), devront sortir 25 000 € pour continuer à accaparer l’eau. L’autre bassine appartient à l’entreprise Pampr’oeuf (Pamproux) dirigée par Stéphane Nérault, une véritable usine à œufs (l’entreprise produit 1 milliard d’œufs par an et détient 20_% du marché des œufs à coquille français). Les poules passent leurs existences dans des cages exiguës au sol grillagé, sans jamais voir la lumière du jour et au milieu des cadavres de leurs congénères. Comme dit dans le numéro précédent_:
« Si les bassines sont tant défendues, c’est parce qu’elles sont un des maillons clés de l’agriculture industrielle et de l’élevage. Derrière les grands céréaliers se trouvent les éleveurs qui utilisent le maïs fourrage, les laiteries et abattoirs qui transforment les cadavres et les sécrétions issus des stabulation… Et les banques qui fournissent les liquidités, huilant ainsi tout les rouages.
Une chaîne qui va des bassines de Mauzé-sur-le-Mignon à l’entreprise Bonnilait à Chasseneuil du Poitou en passant par le Crédit Agricole et Groupama. Ces projets de bassines se font grâce à tout un système, cela doit être prise en compte dans les réflexions comme dans les pratiques. »

De plus comme le rappelle le communiqué d’action du Comité exécutif de la direction régionale de protection de l’eau (DRPE), les bassines sont financées à 70_% par l’état.
Un état visiblement très fâché que les bassines se fassent attaquer, puisque c’est devant un lieu de réunion du collectif « Bassines non merci ! » qu’à été trouvé une caméra militaire reliée à un routeur Pepwave et des batteries en lithium Accuwatt. Le tout sous un filet de camouflage.
Visiblement l’état est très curieux de savoir ce qui se trame dans ces réunions, et il ne serait pas étonnant que d’autres dispositifs de surveillance (écoutes, micros, filatures…) ciblent les opposant·es à l’agro-industrie. N’est pas précisément pour cela que l’état à mis en place la cellule de gendarmerie Demeter ?

P.S. :
Les deux communiqués de la DRPE :
AVIS DE DÉCISION – Comité exécutif de la direction régionale de protection de l’eau (DRPE)
IL PLEUT DES LAMES SUR LES BASSINES – Rapport d’exécution reçu le 2 mars 2022 à la DRPE

Dépasser la défense de territoire

La lutte contre les bassines est une lutte bien vivante : manifestations, sabotages et soirée de soutien sans compter évidemment toutes les actions diverses et variées. Nous soutenons cette lutte et cela fait déjà un moment que nous en parlons dans ce modeste torchon.
Les bassines font partis des processus d’adaptation du capitalisme à la catastrophe climatico-écologique dont il est à l’origine. Comme tout ces processus d’adaptation (de la voiture électrique à l’éolienne industrielle), elles ne feront qu’aggraver la situation. Ainsi je pense que la lutte des bassines doit se concevoir comme un support spécifique et concret de lutte contre un ensemble largement plus vaste et plus difficile voir impossible à saisir dans son entièreté. Parce qu’il s’agit seulement d’un rouage de la méga-machine, il me paraît important que cette lutte serve aussi à élargir et approfondir la critique contre le reste.
Nombres d’opposants notent que les bassines servent à la culture de maïs fourrage, destinée à alimenter les animaux d’élevage. Ceux dont les cadavres et les sécrétions, une fois devenues marchandises sont renommées viande et lait. Cette information aurait dû conduire à inclure des réflexions et pratiques anti-spécistes dans la lutte. Car l’élevage, sous toutes ses formes, est une nuisance. Une nuisance à la vie car il est inacceptable d’enfermer, de reproduire de force et de tuer des êtres qui ressentent la douleur pour le prétendu plaisir gustatif de quelqu’un·es. Une nuisance écologique car la question de la gravité des dommages écologiques produit par l’élevage ne dépend qu’à la marge du mode d’élevage. Par exemple, les émissions de gaz à effet de serre des bovidés ne changent pas fondamentalement si ils se nourrissent d’herbe dans les champs ou de fourrage (l’élevage représente 14,5 % des émissions de gaz à effets de serre).
Une nuisance sanitaire, l’élevage pollue les sols et les cours d’eau mais est aussi le lieu d’incubation et de mutation des maladies de demain : développement des résistances aux antibiotiques, transmission des animaux d’élevage aux humains…
Les bassines sont, pour simplifier, une réponse technique à une question simple : comment permettre que malgré le fait que tout va changer tout puisse continuer comme avant ? Comment permettre que la chaîne industriel de la viande et du lait puisse continuer de produire de la marchandise et générer du profit ?
Les réflexions et luttes antispécistes permettent d’ouvrir un nouveau champ d’action contre les bassines, en proposant un non ferme et définitif non seulement à réponse technique mais à la question. Si les bassines sont tant défendues, c’est parce qu’elles sont un des maillons clés de l’agriculture industrielle et de l’élevage. Derrière les grands céréaliers se trouvent les éleveurs qui utilisent le maïs fourrage, les laiteries et abattoirs qui transforment les cadavres et les sécrétions issus des stabulation… Et les banques qui fournissent les liquidités, huilant ainsi tout les rouages. Une chaîne qui va des bassines de Mauzé-sur-le-Mignon à l’entreprise Bonnilait à Chasseneuil du Poitou en passant par le Crédit Agricole et Groupama. Ces projets de bassines se font grâce à tout un système, cela doit être prise en compte dans les réflexions comme dans les pratiques.
Prendre en compte les réflexions antispéciste, implique aussi de remettre en question des éléments de l’alliance hétéroclite anti-bassine. Comme la question de la présence des fédérations de pêche qui se préoccupent de la pollution et des manques d’eau car elle pourrait impacter leur loisir meurtrier. Celle de la vienne se range du côté des irriguant, celle des deux-sèvres contre les bassines.
Que les bassines se construisent ou non, il est déjà trop tard pour espérer préserver encore longtemps ce mode de vie privilégié dont la consommation massive de produits animaux est un marqueur. Ce mode de vie est le produit de massacres : passés, présents et à venir. Le refuser dès maintenant, c’est une manière concrète de s’y opposer.
Ces critiques peuvent être posés dans de nombreuses luttes qui peinent souvent à lier le spécifique au général, le local au global, le personnel au structurel. Penser ces liens permet des luttes horizontales, forte, vivante et résistante aux méthodes actuelles de la répression.

Le spectacle de la contestation

Nos rapports aux autres passent par des intermédiaires : les journaux, la radio, la télévision ou encore les réseaux sociaux. Ces intermédiaires façonnent lourdement la représentation que nous avons de la réalité. Nous pouvons ignorer ce qui s’est passé la veille à quelques rues de chez nous tout en étant au courant des moindres détails d’une affaire s’étant déroulée à des centaines de kilomètres. Que cela soit le produit des algorithmes ou d’un directeur de rédaction n’y change pas grand-chose : ce que nous croyons être la réalité quotidienne n’est qu’une collection distordue de fragments de celle-ci. Cette vision partielle est une construction volontaire, issus des jeux de pouvoir et d’influence. Que nous devenions spectateurice de la réalité n’est pas un défaut mais un but.
Plus radicalement que le spectacle médiatique, c’est toute la société qui peut être envisagée comme une immense représentation. Où chacun·e, jour après jour, joue plus ou moins bien son propre rôle. Des travailleureuses plus ou moins obéissant.es face aux ordres des chef·fes. Des femmes plus ou moins disciplinées face aux injonctions des hommes. Des élèves plus ou moins rétifs aux ordres des maîtres.
On a le droit de ne pas apprécier le spectacle et même de s’en plaindre. Avant même l’obéissance et le calme, les professeurs attendent des élèves la présence. Les capitalistes ne s’inquiètent pas que leurs ouvriers les maudissent tant qu’ils reviennent travailler le lendemain. Les violeurs se moquent bien du fait que les féministes décorent les murs avec le décompte de leurs victimes.Le spectacle encourage les contestations qui s’expriment dans sa norme car elles ne le menace pas.

Il est certes agréable de voir des affiches rappelant le sort terribles des ouïghours. Ces dernièr·es sont enfermé·es dans des camps de concentration, stérilisées de force, réduit·es en esclavage et massacré·es par l’état chinois. Mais ces affiches collées au hasard des rues ne rompent pas l’illusion spectaculaire, elles ajoutent seulement leurs voix au concert des autres. Ces affiches ne font pas de lien entre ce qui se produit là-bas et ici.
Aurait pourtant put être nommées et ciblées les entreprises profitant directement de l’oppression des ouïghours (comme Zara, Adidas, Gap ou encore H&M) ou le centre confucius sur le campus universitaire.
Notons que des actions destructrices peuvent tout aussi bien participer au spectacle que quelques mots peuvent le rompre. La casse d’une vitrine de banque, aussi réjouissant soit-elle, peut tout à fait s’insérer dans les critiques tronqués du capitalisme. Celles qui dénoncent la finance tout en défendant les petits patrons, qui ne sont pourtant pas moins différent des grands bourgeois. On se détruit autant le corps sur les chantiers d’une PME familiale que sur les chantiers de Vinci. Le capitalisme n’est pas uniquement une somme de flux financiers mais un ensemble de rapports sociaux. Au contraire quelques lignes peuvent nous amener à développer de nouveaux refus, à nourrir les rebellions d’aujourd’hui et de demain. Les vitres sont plus facilement remplacées que le désir de liberté.
Pour que nos actions et idées ne deviennent pas un spectacle au sein du spectacle, il est plus que jamais important de combiner les idées et les pratiques. Et de ne jamais oubliez que nos ennemis ont des noms et des adresses.

Assechons l’agro-industrie

Ce samedi 6 novembre à mauzé-le-mignon, tout le monde était au rendez-vous. Les flics et la FNSEA venus défendre en bloc la monoculture, l’élevage, les pesticides et une bassine en construction. Mais aussi les opposant·es qui sont allées rendre inutilisable une bassine déjà construite : démontage de la pompe, bâches découpées et en partie brûlés. Une démonstration en acte du « Une bassine construite, trois détruites » qui à valut une visite matinale de la flicaille à un opposant. Sans oublier les perquisitions et poursuites contre au moins trois autres personnes, dont l’une est accusée d’avoir enrichi le carburant d’une pelleteuse avec du blé.

Du feu dans les tuyaux

Dans la nuit du 11 au 12 août, c’est une pelleteuse de la société 2 Sévrienne Service qui est partie en fumée à Saint-Sauvant (Vienne). La machine devait servir à l’INRAP pour réaliser des fouilles archéologiques avant la réalisation d’une des fameuses bassines. 60 000 € partis en fumée et un chantier à l’arrêt.

« Une bassine, c’est environ 10 hectares clôturés par des murs de terre d’une dizaine de mètres de haut, le tout tapissé de plastique.
Pour quel usage ? Il s’agit de piller l’eau des nappes phréatiques durant l’hiver, et donc d’assécher en partie les cours d’eau qui en dépendent, pour la réutiliser durant l’été. C’est une manière pour les gros propriétaires (ceux capables d’utiliser plusieurs hectares de terres agricoles pour creuser des trous) de ne pas respecter les règles d’irrigation, règles qui leur permettent déjà d’arroser n’importe comment. Ce captage et ce stockage ne sont rien d’autre qu’une privatisation de l’eau. Le tout est bien évidemment financé à 70 % par les différentes administrations prétendument chargées de faire respecter les quotas.
Les cultures irriguées sont principalement celles qui servent à nourrir le bétail (par exemple le maïs qui en plus n’est pas adapté au climat local). Non seulement les bassines permettent à quelques gros propriétaires de continuer à s’enrichir en s’appropriant les cours d’eau, mais elles s’inscrivent directement dans la déjà longue liste des subventions dissimulées au bénéfice de l’industrie de l’élevage. Une industrie responsable d’au moins 10 % des émissions de gaz à effet de serre, de la déforestation et aussi de la pollution des cours d’eau. De manière générale, l’agriculture qui profitera des bassines est l’agriculture intensive. Cette même agriculture qui ravage les sols, empoisonne le vivant à coup de pesticide. »
[repris du numéro d’octobre 2020]

Les habitant·es s’adressent aux élus

Le dialogue entre les habitant.es et les élus locaux est au beau fixe à Poitiers. En avril dernier c’était quelques mots doux que des noctambules avaient déposés sur le terne domicile du député de la 2 circonscription de la vienne, sacha houlié. Cette fois-ci, c’est une prose plus enflammée qui lui a été adressé sous la forme d’une poubelle en feu placée sur la porte d’entrée de sa permanence (11 place de provence). Une manière comme une autre, et peut être plus efficace que d’autres de faire comprendre tout le bien que l’on pense des politiciens.

Subversion ou Subvention

Avec le mouvement d’ocupation des théâtres, on a vu revenir la figure des artistes engagé·es. Des artistes qui ne se sont toujours pas rendue compte que l’art n’était qu’une marchandise et qu’ielles étaient des ouvriers comme les autres. Les contraintes de la production (subvention,mécène, salon…) impliquent forcément de policer la création pour rentrer dans un moule.
Les manifestations et luttes des exploité·es de l’industrie culturelle sont un spectacle parmis les autres. Parce qu’incapable de reconnaître leurs places au sein de la société spectaculaire, ces luttes sont vouées à reproduire en vain les simulacres de la révolte.

L’art est un outil utilisé par le pouvoir pour s’étendre et s’établir. Par exemple les fresques murales qui viennent recouvrir des murs habituellement couverts de slogans subversifs. Ou les processus de gentrification, comme l’école européenne supérieure de l’image qui déménage aux couronneries pour, comme le dit la présidente de Grand Poitiers (Florence Jardin) : “ouvrir le quartier”, “dynamiser”, “donner de la vie”. En bref : relancer la spéculation immobilière et dégager les pauvres.
Mais la figure de l’artiste ou des travailleureuses de la culture cache aussi les structures de pouvoir au sein du secteur. La direction des théâtres, scènes nationales et autres ne sont pas des alliées mais des ennemis de classe. Parce que toute lutte libératrice passera nécessairement par la confrontation avec la structure de classe, ces personnes ne peuvent pas êtres des allié·es parce que leurs intérêts sont ceux du pouvoir. Réouvrir les salles (de concert, spectacles, cinéma), c’est réouvrir leur droit à exploiter. Pourtant à chaque mobilisation du secteur de la culture, ce point essentielle semble disparaître. Et on voit la direction être invitée à des assemblées générales plutôt qu’être couverte de goudron. Normal dans une occupation qui n’en est pas une.

Une autre erreur habituelle, ce sont ces mobilisations (rassemblements et défilés) qui cherchent avant tout le symbolique et la forme plutôt que le fond. Et qui se retrouve donc à aller manifester devant pôle emploi plutôt que devant les entreprises qui bénéficieront d’une main d’oeuvre encore plus corvéable et précarisée, notamment les agences d’intérim et de services à la personne. Si le but est d’afficher les responsables et profiteurs, il existe bien d’autres cibles en plus que pôle emploi.

Un autre immanquable, c’est la “manif de droite”. Sous couvert de dénoncer des discours et pratiques malfaisantes, il s’agit juste de scander dans la rue les horreurs déjà diffusées par les médias. Car il est difficile de dépasser dans l’outrance les nostalgiques de vichy. Plutôt que des défilés de zemmour temporaires nous vous proposerons bien une “manif d’extrême-gauche”. Costumé avec des k-way, il s’agira d’aller symboliquement incendier les lieux du pouvoir, le tout sans caméra pour que l’évènement n’existe que dans les yeux des participant·es. Voilà le genre de théâtre de rue que nous souhaitons : subversif et participatif.