Dépasser la défense de territoire

La lutte contre les bassines est une lutte bien vivante : manifestations, sabotages et soirée de soutien sans compter évidemment toutes les actions diverses et variées. Nous soutenons cette lutte et cela fait déjà un moment que nous en parlons dans ce modeste torchon.
Les bassines font partis des processus d’adaptation du capitalisme à la catastrophe climatico-écologique dont il est à l’origine. Comme tout ces processus d’adaptation (de la voiture électrique à l’éolienne industrielle), elles ne feront qu’aggraver la situation. Ainsi je pense que la lutte des bassines doit se concevoir comme un support spécifique et concret de lutte contre un ensemble largement plus vaste et plus difficile voir impossible à saisir dans son entièreté. Parce qu’il s’agit seulement d’un rouage de la méga-machine, il me paraît important que cette lutte serve aussi à élargir et approfondir la critique contre le reste.
Nombres d’opposants notent que les bassines servent à la culture de maïs fourrage, destinée à alimenter les animaux d’élevage. Ceux dont les cadavres et les sécrétions, une fois devenues marchandises sont renommées viande et lait. Cette information aurait dû conduire à inclure des réflexions et pratiques anti-spécistes dans la lutte. Car l’élevage, sous toutes ses formes, est une nuisance. Une nuisance à la vie car il est inacceptable d’enfermer, de reproduire de force et de tuer des êtres qui ressentent la douleur pour le prétendu plaisir gustatif de quelqu’un·es. Une nuisance écologique car la question de la gravité des dommages écologiques produit par l’élevage ne dépend qu’à la marge du mode d’élevage. Par exemple, les émissions de gaz à effet de serre des bovidés ne changent pas fondamentalement si ils se nourrissent d’herbe dans les champs ou de fourrage (l’élevage représente 14,5 % des émissions de gaz à effets de serre).
Une nuisance sanitaire, l’élevage pollue les sols et les cours d’eau mais est aussi le lieu d’incubation et de mutation des maladies de demain : développement des résistances aux antibiotiques, transmission des animaux d’élevage aux humains…
Les bassines sont, pour simplifier, une réponse technique à une question simple : comment permettre que malgré le fait que tout va changer tout puisse continuer comme avant ? Comment permettre que la chaîne industriel de la viande et du lait puisse continuer de produire de la marchandise et générer du profit ?
Les réflexions et luttes antispécistes permettent d’ouvrir un nouveau champ d’action contre les bassines, en proposant un non ferme et définitif non seulement à réponse technique mais à la question. Si les bassines sont tant défendues, c’est parce qu’elles sont un des maillons clés de l’agriculture industrielle et de l’élevage. Derrière les grands céréaliers se trouvent les éleveurs qui utilisent le maïs fourrage, les laiteries et abattoirs qui transforment les cadavres et les sécrétions issus des stabulation… Et les banques qui fournissent les liquidités, huilant ainsi tout les rouages. Une chaîne qui va des bassines de Mauzé-sur-le-Mignon à l’entreprise Bonnilait à Chasseneuil du Poitou en passant par le Crédit Agricole et Groupama. Ces projets de bassines se font grâce à tout un système, cela doit être prise en compte dans les réflexions comme dans les pratiques.
Prendre en compte les réflexions antispéciste, implique aussi de remettre en question des éléments de l’alliance hétéroclite anti-bassine. Comme la question de la présence des fédérations de pêche qui se préoccupent de la pollution et des manques d’eau car elle pourrait impacter leur loisir meurtrier. Celle de la vienne se range du côté des irriguant, celle des deux-sèvres contre les bassines.
Que les bassines se construisent ou non, il est déjà trop tard pour espérer préserver encore longtemps ce mode de vie privilégié dont la consommation massive de produits animaux est un marqueur. Ce mode de vie est le produit de massacres : passés, présents et à venir. Le refuser dès maintenant, c’est une manière concrète de s’y opposer.
Ces critiques peuvent être posés dans de nombreuses luttes qui peinent souvent à lier le spécifique au général, le local au global, le personnel au structurel. Penser ces liens permet des luttes horizontales, forte, vivante et résistante aux méthodes actuelles de la répression.

Air Rance

Les éoliennes poussent comme des champignons dans le coin, plus Amanite tue mouche que Coulemelle. On nous les vends à toutes les sauces, teintée de vert évidement. L’éolien à le vent en poupe auprès des politiques de tout bords (sauf des pro-nucléaire quand même !), auprès des écolo-capitalistes mais aussi auprès des promoteurs qui y trouvent un bon filon économique. Les éoliennes véhiculent une image mignonne du respect de l’environnement et une jolie solution toute trouvée pour réduire la consommation d’énergies fossiles.

Quelques voix s’élèvent tout de même, à droite et à gauche, pour dénoncer l’enmochissement des campagnes pourtant déjà bien ravagées par l’agro-industrie qui étend ses champs, ses produits de mort et ses hangars à bestiaux à perte de vue. Quelques écolos s’indignent car les pales des éoliennes tuent quelques oiseaux de plus, mais aussi perturbe la nidification et la reproduction de certaines espèces. Quelques riverain.es s’opposent car iels vont directement être impacté.es par le bruit de la nacelle ou du vent dans les pales, par les flash lumineux qui empêchent l’obscurité, par le prix de la maison qui va chuter.
Nous on aimerait porter la voix de celleux qui disent que l’éolien industriel, c’est de l’industrie lourde, polluante, qui va dans le sens d’un monde capitaliste, extractiviste et colonial.
Pour mettre en place une éolienne qui a une durée de vie d’environ 25 ans, il faut raser des forêts (sauf si c’est en plein champ), élargir et refaire des routes pour faire passer des convois géants, excaver et couler 500m3 de béton (ou plus) sous chaque mât. L’éolien industriel, c’est aussi des lignes à haute ou très haute tension (THT) et de gigantesques transformateurs pour envoyer ces mégawatt ailleurs.
« Chaque éolienne contient 600kg de terres rares, essentiellement du néodyme. L’exploitation et le raffinage de ce métal se fait principalement dans la ville de Baotou (en Mongolie Intérieure), surnommée « la ville du cancer ». Les rejets chimiques de cette industrie ont pollué toute la région : l’espérance de vie est désormais de 40 ans et la radioactivité est deux fois supérieure à celle mesurée à Tchernobyl. Chaque éolienne contient également plus de 4 tonnes de cuivre extrait dans les gisements d’Amérique du Sud où des villages entiers sont expropriés par les forces armées pour permettre aux firmes occidentales d’exploiter la richesse du sous-sol et la vie des ouvriers. Pour verdir ici, on noircit là-bas. »1

Les projets d’implantation de ces mégas machines industrielles poussent sans encombre, facilités par le ministère de la transition énergétique, les communes n’ont pas leur mots à dire. La procédure est rapide et simple. Une fois le foncier négocié avec les proprios, des études d’impacts sont réalisées. Suite à quoi le préfet délivre (ou non) l’autorisation environnementale étayée par les conclusions d’une enquête publique. En 2019, entre Poitiers, La Rochelle, Angoulême, Limoges et Guerret on compte une cinquantaine de parcs éoliens déjà en fonctionnement, plus de 75 projets autorisés, une soixantaine en cours d’instruction, et seulement une quinzaine de projets refusés ! On voit que les préfets vont bien dans le sens du vent.
Et ces projets industriels profitent évidement toujours aux mêmes, aux exploitants, qui vont revendre aux états leur énergie soit disant verte à prix d’or. Pour racheter à des prix faramineux cette électricité faut bien que l’état trouve de la thune, quoi de plus simple que de taxer encore un peu plus les consommateurices en leur prélevant notamment la CSPE (Contribution au Service Public de l’Électricité)2. La boucle est bouclé.
A Poitiers on a la joie d’avoir les entreprises Eolise et Ostwind pour mettre en place des projets éoliens dans le coin et ailleurs.
Mais critiquer l’éolien, c’est critiquer l’énergie industrielle dans son ensemble qu’elle soit hydroélectrique ou nucléaire également, mais c’est critiquer surtout le monde pour lequel ces énergies sont produites…

Brochures trouvables sur infokiosque :
1/ Plaidoyer contre les éoliennes industrielles [courte et efficace]
2/ Le vent nous porte sur le système ou comment être anti-nucléaire sans devenir pro-éolien [plus technique]

Assechons l’agro-industrie

Ce samedi 6 novembre à mauzé-le-mignon, tout le monde était au rendez-vous. Les flics et la FNSEA venus défendre en bloc la monoculture, l’élevage, les pesticides et une bassine en construction. Mais aussi les opposant·es qui sont allées rendre inutilisable une bassine déjà construite : démontage de la pompe, bâches découpées et en partie brûlés. Une démonstration en acte du « Une bassine construite, trois détruites » qui à valut une visite matinale de la flicaille à un opposant. Sans oublier les perquisitions et poursuites contre au moins trois autres personnes, dont l’une est accusée d’avoir enrichi le carburant d’une pelleteuse avec du blé.

Les villes de servitude

Une des pratiques de la domination est de verrouiller totalement nos schémas de pensée pour que bien souvent même nos révoltes se déroulent dans la norme. Cette fermeture mentale empêche d’imaginer la possibilité d’un monde autre et donc d’agir pour mettre fin à celui-ci.
Ose-t-on seulement évoquer l’idée que les prisons doivent être rasées, et voilà que dans la tête des personnes avec qui on parle se lève une armée d’objections. Pourtant que l’on y adhère ou pas, il existe de multiples propositions de société sans prisons, certaines existent encore aujourd’hui. Certaines sont juste la continuité de ce monde, en proposant de transformer chaque appartement en cellule grâce aux bracelets électroniques. Celle que nous voulons représente une transformation largement plus radicale, puisqu’il ne s’agit pas de changer la manière de punir, mais de se débarrasser du besoin et de l’envie de punir. Mettre fin au vol en mettant fin à la propriété. Mettre fin aux viols en détruisant la culture du viol et le patriarcat. Mettre fin aux violences racistes en détruisant les races sociales et le colonialisme.
Ce verrouillage des imaginaires est clairement le produit de la propagande constante de l’état, du capital et du patriarcat, qui cherche à faire passer l’être humain comme naturellement mauvais et comme inévitable l’horreur quotidienne. Alors que c’est cette même propagande qui pourrit aussi les individus qui sont comme des éponges dans une fosse septique. À travers les médias, la publicité, les films, les séries et nombre de livres, une production culturelle permanente pour nous empêcher de voir que les rouages qui font tourner cette société peuvent non seulement être arrêtés, mais aussi détruits. Parce qu’on nous cache comment ces rouages ont été forgés et l’entretien constant qu’il demande.

Ce verrouillage mental se retrouve aussi dans le monde que nous parcourons à pied plutôt qu’en pensée. Une des illustrations les plus parlantes, c’est celle de toutes ces petites villes où l’économie repose sur quelques activités du pouvoir.
Comment les 7 200 habitant·es de Saint-Maixant l’école pourrait imaginer un monde sans armée quand toute la ville repose sur l’existence d’un lieu de formation annuelle de plusieurs milliers de bourreaux d’état ?
Comment penser un monde sans nucléaire dans l’ombre menaçante de la centrale de Civaux ? Une centrale qui apporte son lot d’ouvrier·es intérimaires (les plus exposé·es aux radiations) et d’absurdités en tout genre. Comme cette cage géante à crocodiles en plein cœur du poitou.
La ville de Vivonne, c’est 4 300 habitant·es, dont au moins 600 prisonnier·es des geôles de l’état. Et combien des 261 tortionnaires se sont installé·es sur place ? Entre 2009 (construction de la prison) et 2014, la commune est ainsi passée de 3 200 habitant·es à 4 200. L’ancien maire, Maurice Ramblière, ne cesse de se féliciter de la présence d’un lieu de torture et d’exploitation à longueur d’interview dans la presse. Sans contrat de travail, payé·e 1,23€ de l’heure (voir à la pièce), avec des comptes bancaires gérés par l’administration pénitentiaire, il est évident que ce genre de conditions fait saliver bien des employeurs (comme EDF, Renault, Yves Rocher, L’Oreal, Agnes B, Post It, Hachette, JC Decaux et d’autres).
Comment imaginer ce monde sans la prison, quand du voisin·e au buraliste, tous en « profitent » ? Nouvelle ligne de bus, écoles agrandies, trains régionaux augmentés, halle des sports, station d’épuration, et bien sûr une nouvelle gendarmerie.

Des prisons aux casernes en passant par le nucléaire, la domination n’est pas une accumulation de faits séparés. Elle est une immense toile qui partout s’étend.
La domination, ce n’est pas quelques personnes en costume et uniforme qui siègent dans des palais lointains. La domination, c’est aussi un ensemble de structures réparties sur tout le territoire.
Mais la domination est aussi dans la résignation quotidienne. Dans nos tolérances envers celleux qui permettent la reproduction de ce monde.
Et Poitiers dans tout ça ? De quoi la ville aux mille clochers de trop est-elle dépendante ? Ne serait-ce pas de cette tentaculaire université ?

Solidarité avec les rebelles de la forêt

Parce quee nous pensons que la solidarité doit s’affranchir des frontières, nous diffusons cet appel à la solidarité avec une lutte en Allemagne ainsi qu’une photo qui nous est parvenue par mail.

[squat.net]

Le 10 novembre a commencé l’expulsion de la forêt de Dannenröder (Allemagne), squattée depuis septembre 2019. La police a attaquée de nombreuses cabanes perchées dans les arbres. Ces cabane, situées sur le couloir de construction du tronçon d’autoroute A49, visent notamment à empêcher l’abattage des arbres et donc à empêcher la réalisation de l’autoroute.
À cause des interventions quotidiennes des flics, plusieurs personnes sont blessées, parfois gravement. D’autres ont été arrêtées et quelques unes ont étés jetées en prison.En envoyant des centaines de flics occuper la zone et procéder à l’expulsion, l’état (propriétaire de DEGES, entrepris e qui construit le tronçon) se met comme toujours au service de ceux qui recherchent à tout prix à faire du fric sur la vie.
Cette décision ne nous surprend pas et réaffirme notre volonté de lutter contre le capital et pour une écologie radicale, sans concessions !
Nous qui vivons en ville, exprimons notre solidarité la plus chaleureuse aux rebelles de la forêt, et n’oublions pas que si nos luttes prennent des formes différentes, elles se retrouvent dans des pratiques communes, celles des groupes auto-organisés, des barricades et des assemblées horizontales, contre l’oppression, l’exploitation, et pour la liberté !
Envoyez vos messages de soutien à solidaritynoborders@@@riseup.net, en précisant si les photos peuvent être publiées sur internet ou juste transmises aux ami.es.

Qui sème la misère récolte une volée de pierres, écolos, déters et révolutionnaires !

Ce n’est pas seulement en Allemagne que les forêts sont rasées pour laisser la place aux infrastructures du capitalisme ou transformées en usine à bois, mais partout dans le monde. Nous pensons notamment aux coupes rases dans la forêt de Scévolles, près de Loudun ou encore à la tentative infructueuse d’installation d’une usine à pellets à Bugeat. Nous n’oublions pas non plus les 13 zadistes condamnés récemment en appel dans la lutte contre le CGO à Strasbourg.

L’île du carnet en lutte

En Loire-Atlantique, sur l’île du Carnet, (où une lutte victorieuse antinucléaire empêcha la construction d’une centrale entre 1977 et 1997), le Grand Port Maritime de Nantes Saint-Nazaire prévoit d’établir une zone industrielle de 110 hectares (soit 880 piscines olympiques), l’estuaire de la Loire ayant été massacré par l’implantation de raffineries et industries agrochimiques à perte de vue ces dernières décennies.
Total, Yara, EDF, Cargill désireux de s’engager dans la «croissance verte» désirent s’implanter sur ce futur «ecopark».

Afin de préserver cette zone et les 116 espèces protégées par ce «projet» (l’un des «72 clé en main» pour «réindustrialiser la France» Merci E. Macron) et empêcher les «mesures écologiques compensatoires» qui impacterons au final: 395 hectares; la ZAD du Carnet, s’est créée le 31 août 2020.
Epaulée par le collectif Stop Carnet(qui luttait déjà contre la bétonnisation de cette zone humide), la jeune ZAD résiste, construit, discute, projette, s’autonomise et conteste ! Plus loin que cet énième projet, le prototype d’éolienne présent sur site à été stoppé et réquisitionné car nous dénonçons plus généralement l’enfumage qu’est la «transition écologique».
Nous sommes alliés au Village Du Peuple, qui lui résiste pour sauver des mêmes industriels fossiles et chimiques 58 hectares, de l’autre côté de l’estuaire à la petite Lande de Donges.

Il y a actuellement 4 lieux occupés, le VDP de Donges (expulsable depuis le 06/10/20), P1, la Saule, et le Vent avec des algéco, constructions et yourtes en tout genre. Une cabane en non-mixité est présente. Un grand sleeping est en train de se bâtir.

Nous désirons tisser des liens avec d’autres luttes, telle que la Montagne d’or, et l’Amassada, via des discussions et projections en présence d’opposant.es. Venez discutez et nous enrichir de vos expériences.

Pérennisons ensemble cette ZAD face aux menaces d’expulsion et l’hiver qui approche, l’île du Carnet et ses habitant.es ont besoin de soutien matériel et humain.

Pour plus d’informations sur le projet et les besoins actuels, n’hésitez pas à venir voir le site de la ZAD: zadducarnet.org.

No bassaran

Les actions contre les bassines ont pris différentes formes, ciblant aussi bien les bénéficiaires de cette absurdité destructrice que les différents pouvoirs qui la finance et la rende possible.

Août 2018 : Sabotage d’enrouleur et de câbles d’irrigation de deux irriguant à Amuré et Bourdet dans les deux-sèvres en période de restriction d’eau. L’un des irriguants, Thierry Géant est élu municipal à Amuré.

Juillet 2020 : – tag « Non aux bassines » sur la maison de l’agriculture à les ruralies, près de vouillé. La chambre d’agriculture des deux-sèvres promeut le projet des bassines.
– un tag « Non aux bassines !! » sur la mairie d’Amuré revendiqué par des tritons masqué.e.s.

Août 2020 :
– Réunion d’informations sur le sujet à Poitiers

Septembre 2020 : – inscriptions sur la route lors du passage du tour de france
– sabotage de matériel d’irrigations (notamment une rampe et une pompe) chez des éleveurs irriguants qui vont profiter de la construction d’une bassine

Octobre 2020 : – Manifestation à Epannes contre les bassines

Des ronds dans l’eau

Disparition en masse des insectes, augmentation des températures, pollution des cours d’eau (comme celle causée par l’usine Carembar à Lencloître en 2018), augmentation des désastres climatiques en nombres comme en amplitude… Nombre de ces changements sont déjà irréversibles et sont la conséquence directe de la société capitaliste. Pourtant certaines personnes continuent de nier les faits et s’obstinent à persévérer dans cette voie destructrice. Dans la région Nouvelle-Aquitaine, cet aveuglement prend notamment la forme des bassines.

Alors c’est quoi une « bassine » ? Il faut visualiser environ 10 hectares clôturés par des murs de terre d’une dizaine de mètres de haut, le tout tapissé de plastique.
Pour quel usage ? Il s’agit de piller l’eau des nappes phréatiques durant l’hiver, et donc d’assécher en partie les cours d’eau qui en dépendent, pour la réutiliser durant l’été. C’est une manière pour les gros propriétaires (ceux capables d’utiliser plusieurs hectares de terres agricoles pour creuser des trous) de ne pas respecter les règles d’irrigation, règles qui leur permettent déjà d’arroser n’importe comment. Ce captage et ce stockage ne sont rien d’autre qu’une privatisation de l’eau. Le tout est bien évidemment financé à 70 % par les différentes administrations prétendument chargées de faire respecter les quotas.

Les cultures irriguées sont principalement celles qui servent à nourrir le bétail (par exemple le maïs qui en plus n’est pas adapté au climat local). Non seulement les bassines permettent à quelques gros propriétaires de continuer à s’enrichir en s’appropriant les cours d’eau, mais elles s’inscrivent directement dans la déjà longue liste des subventions dissimulées au bénéfice de l’industrie de l’élevage. Une industrie responsable d’au moins 10 % des émissions de gaz à effet de serre, de la déforestation et aussi de la pollution des cours d’eau. De manière générale, l’agriculture qui profitera des bassines est l’agriculture intensive. Cette même agriculture qui ravage les sols, empoisonne le vivant à coup de pesticide.

Les bassines font partie d’un ensemble de dispositifs, des éoliennes industrielles à la voiture électrique, qui servent de miracles technologiques pour dissimuler le mur dans lequel cette société nous entraine. Les bassines ne sont nullement une manière de s’adapter, mais une tentative couteuse de nier la réalité et de perpétuer un système voué à disparaitre. La question étant de savoir si nous voulons ou non disparaitre avec lui.Toutes ces prétendues tentatives ne nous sauveront nullement, au contraire même, elles ne feront que rendre l’inévitable choc plus brutal encore. C’était déjà hier qu’il fallait arrêter la machine, mais il n’est jamais trop tard pour commencer.

Derrière l’écran

Là-bas dans les montagnes se dressent des créatures titanesques. Des monstres de métal qui dévorent le sol. De gigantesque rabots qui couche après couche détruisent jusqu’à l’idée même de la vie. Immenses outils au service de la faim sans fin de ce monde qui réclame à chaque instant de plus en plus de jus, jusqu’à passer toute la planète au presse-agrume.
Et tout ça pour quoi ? Pour quels buts ? Pour produire, encore et toujours, du nécessaire comme du superflu. Pour éclairer les hangars sordides où s’entassent la protéine animale, pour faire fonctionner les usines à bombes, pour illuminer les écrans et dessécher les rétines. Des trous dans la terre, des trous dans les crânes. Les vallées disparaissent innondées par les barrages tandis que nous nous noyons dans l’actualité.
Les vibrations de ces monstruosités remplacent les battements de nos coeurs. Partout s’impose le rythme des méchanismes et des algorithmes. De la chaîne de montage jusqu’à nos vies sentimentales, notre temps appartient aux horloges. Et chaque jour qui passe sous leur règne nous rapprochent d’elles. Nos gestes deviennent des automatismes, nos pensées des routines.
Là-bas dans la plaine courent sur le sol des centaines de kilomètres d’oléoducs. Veines toujours luisantes du léviathan. Pour propulser la locomotive qui nous conduit à l’abîme.